Appel à une offensive militante contre CIGEO, le nucléaire, et son monde de merde !
Alors que le mouvement antinucléaire en France et dans le monde semble avoir depuis longtemps dépassé son apogée, la question du nucléaire redevient aujourd’hui une actualité cruciale. Avec les conflits militaires actuels entre diverses puissances atomiques quasiment prêtes à appuyer sur le bouton réorganisant les rapports de force mondiaux ; le développement du programme nucléaire « civil » national (relance du nucléaire), ou avec la mise en œuvre progressive d’un concept totalement irresponsable de gestion des déchets radioactifs, l’avenir s’assombrit d’avantage. Nous ne voulons pas répéter ici tous les arguments qui s’opposent à l’utilisation de cette technologie de domination sur les populations et de destruction totale d’un point de vu militaire. Ceux-ci ont déjà été suffisamment exposés et documentés dans le passé. Ce texte se concentre plutôt sur l’état actuel du mouvement de résistance antinucléaire en France, ainsi que sur les options d’action réalisable qui en découlent, et cela d’un point de vue anarchiste.
2025 a été une année mouvementée et chargée pour la lutte antinucléaire à Bure et au-delà. D’un côté, des expropriations massives par l’ANDRA s’accaparant terres agricoles ainsi que l’ancienne gare de Luméville (un des lieux de résistance et d’organisation contre Cigéo), et l’avancé de travaux préalables à l’intérieur et à l’extérieur du laboratoire, de l’autre, la mise en œuvre de l’occupation de la Gare, le camp de « septembre infini » et la manifestation déterminée le même mois. Ailleurs aussi, à La Hague, des protestations visibles contre l’extension de l’usine de refroidissement des combustibles usés qui portait le slogan : Ni à la Hague ni à Bure ni ailleurs nous ne voulons être des décharges radioactives ! Ont éclaté. Même si la résistance contre le programme nucléaire civile et militaire français reste relativement faible au regard de l’ampleur du problème pour les générations actuelles et futures, nous constatons une certaine dynamique positive au sein du mouvement antinucléaire dans sa globalité. Et celle-ci est absolument nécessaire, car à l’avenir, le mouvement, et avec lui, l’humanité tout entière sera confronté à des défis considérables.
Actuellement, la Gare est toujours occupée, mais on ignore combien de temps cela va durer. Les occupant.e.s appellent toujours à les rejoindre et les soutenir, notamment par des actions de solidarité (lien), et ont également lancé un appel en cas de tentative d’expulsion (lien). Nous soutenons ces appels et estimons en effet qu’il est judicieux de préparer à l’avance un plan d’action en cas d’attaque contre la Gare. Si l’occupation se poursuit avec succès – ce que nous souhaitons bien sûr aux occupant.es, le fait de se concentrer sur la situation uniquement locale peut toutefois devenir problématique et limité. Compte tenu notamment de l’avancée des travaux sur CIGEO, nous trouverions néfaste d’adopter une attitude attentiste plutôt que de passer à l’offensive. Mais nous ne voulons pas non plus discuter de ces approches les unes contre les autres afin de déterminer laquelle est la « meilleure », l’offensive juridique nous a à maintes reprises prouvé son efficacité dans sa propre stratégie. Nous pensons que les pratiques de résistance doivent se compléter et se renforcer mutuellement, et c’est dans cet état d’esprit qu’il faut comprendre notre proposition actuelle.
La proposition concrète : quelle que soit l’évolution de la situation à la Gare, nous appelons à profiter des mois de printemps pour mener une vague d’actions massive contre les projets en cours, les financeurs et les complices de l’industrie nucléaire de manière ciblée, décentralisée, subversive et autonome. Nous voulons également inviter les groupes actifs de la lutte écologiste radicale à mettre davantage en avant les aspects liés à la politique du nucléaire dans leurs discours et à s’ancrer ainsi dans une perspective combative et solidaire avec la résistance à Bure et le mouvement antinucléaire en général. Nous appelons en outre à situer explicitement ces actions et revendications dans le contexte de cette appel : « pour un printemps noir en 2026 » afin de créer une dynamique collective sur une base informelle et autonome, pour faire avancer une posture commune, et ainsi ce renforcer mutuellement.
Il est évident qu’une campagne ciblant spécifiquement une entreprise participant à la construction de CIGEO aux côtés de l’ANDRA pourrait générer une plus grande visibilité publique et causer davantage de dommages économiques ou de pression sur celle-ci. Nous avons néanmoins décidé d’appeler à un « printemps noir » contre l’ensemble du complexe nucléaire. D’une part, nous voulons ainsi rendre possible la participation de structures autonomes éloignées de Bure, d’autre part, nous voulons contrer une tendance que nous considérons comme plutôt réductrice : Limiter la critique du nucléaire à ses enjeux locaux ou à la gestion des déchets qu’il produit.
En effet, nous sommes convaincus que le mouvement antinucléaire n’aura de victoire que s’il parvient, dans une mesure plus importante qu’aujourd’hui, à mettre en évidence les liens étroits entre les politiques nucléaires et les questions urgentes de notre époque et à en tirer les conséquences en terme de convergence. Cela vaut non seulement pour les enjeux sociaux à l’échelle du monde, ceux du changement climatique, celle des ressources minières exacerbant de nouvelles ambitions colonialistes, mais aussi les enjeux militaires menant à des conflits dévastateurs actuels et à craindre dans les années à venir. Car l’utilisation militaire, la soif effrénée d’énergie et ressources dans le développement de l’IA, du big data & co, ainsi que le mythe d’une transition prétendument propre de ce secteur sont les principaux moteurs du développement actuel du programme nucléaire mondial.
Avec cet appel, nous faisons donc délibérément référence à la campagne très réussie « Accueille le printemps – crame une Tesla » (lien) qui, au cours du premier semestre de l’année 2025, a non seulement mobilisé contre la mobilité électrique et la collecte outrageante de données par les entreprises, mais a également mis l’accent sur les liens entre l’oligarchie technologique et le fascisme naissant.
Avec cet appel « pour un printemps noir en 2026 » on vous invite à enterrer définitivement non pas les déchets radioactifs, mais le projet CIGEO dans les sous-sols de la Meuse et par la même occasion, de tenter d’enrayer encore un peu plus les rouages de la machine techno-industrielle de l’atome et ses opérateurs. Cependant, nous pensons qu’il est grand temps d’être honnête, ce qui signifie également, en cas de doute, d’admettre sa propre faiblesse. L’action directe et le sabotage peuvent être un moyen de surmonter cette faiblesse et d’avancer ensemble. Cela ne vaut toutefois que si nous comprenons l’option militante pour ce qu’elle est : un outil stratégique et non une profession de foi d’une identité politique radicale. Pour cela, il faut valider la viabilité de telles stratégies d’action dans la pratique. Partons ensemble à sa recherche – nous attendons vos contributions avec impatience !
Vous pouvez arracher toutes les fleurs, mais vous ne pourrez pas empêcher le printemps d’arriver ! (proverbe kurde)
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