Récit du picnuk à Froncles

Samedi dernier, nous avons été une vingtaine à picnuker devant la société des forges de Froncles (52), à 40km de Bure, là où POMA, leader mondial du transport par câbles, construit et fait les tests du prototype à taille réelle du funiculaire prévu pour descendre les déchets radioactifs à 500 mètres sous terre. Ce picnuk était en soutien aux deux personnes inculpé·x·es en mars dernier, suspecté·x·es d’avoir déboulonné une installation de POMA dans les Alpes, à la suite d’un appel à actions décentralisées contre POMA et contre son implication dans le projet CIGEO.

Sur la route du picnuk, on a rapidement remarqué que la gendarmerie était aussi mobilisée. Après avoir repéré les véhicules partant depuis le village de Bure, plusieurs points de contrôle ont été réalisés sur la route entre Joinville et Froncles. Les contrôles se sont fait tantôt par véhicules banalisés, tantôt par véhicules de la gendarmerie, à l’aide d’une réquisition autorisant la fouille des véhicules et le contrôle d’identité des passagèr·es. Sans contexte, la réquisition (recto/verso) est justifiée par la recherche d’auteur·es d’actes de terrorisme, de prolifération des armes de destruction massive, de matière d’explosifs, de vols, recels et trafics de stupéfiants… A la vue du matériel de picnuk, une gendarme a notamment exprimé que « les couteaux c’est limite quand même »…

La route vers Froncles a aussi été l’occasion pour quelques antinucléaires de coller les dernières affiches annonçant l’abandon du projet de laverie nucléaire près de Joinville (à noter que ce projet se fera sûrement au Bugey) : « UNITECH abandonné ! Il n’y aura pas de laverie nucléaire à Suzannecourt (52) ! Bravo ! Bravo ! Bravo la mobilisation, bravo les réunions publiques, bravo les manifs, bravo les recours, bravo les actions. Vive la lutte, la lutte porte ses fruits ! Et maintenant, quoi ? On dégage l’ANDRA et son labo ? Bye-bye UNITECH ! Ciao CIGEO ! »

Une fois arrivées à Froncles : direction la société des forges, devant laquelle nous prévoyons de picnuker. C’est là que depuis 2019, POMA s’est installée en louant et faisant rénover une partie du bâtiment des forges, afin d’y construire son banc d’essai à l’échelle 1 du projet de funiculaire. Les premiers essais (tests de freinages), s’y déroulent depuis début 2021.

Entre autres actionnaires, les forges ont appartenu respectivement à Citroën, Cockerill-Sambre, Usinor Sacilor (aujourd’hui ArcelorMittal) et en 2006, le bâtiment a été racheté par la société allemande Altenloh Brinck & Co (ABC). Ces derniers, d’ailleurs, ne se vantent pas d’abriter les essais de POMA pour CIGEO puisque ce n’est mentionné ni sur leur site internet ni même sur le portail de l’usine.

En plus des forges, qui marquent déjà le paysage de cette petite ville de près de 1 500 habitant·es, du même bord de la Marne, nous avons également eu le loisir de constater la présence d’un ENORME transformateur électrique au coeur du bourg. Quel ne fut pas notre étonnement d’apercevoir une telle immondice au milieu des pavillons résidentiels et à proximité du collège.. ! Le cadre étant posé, le dégueuli pouvait commencer.

Alors : devant les forges, 4-5 véhicules de la gendarmerie privatisaient le parking, sortant un papier complètement pété indiquant qu’il n’était pas possible de stationner devant la mairie (papier probablement destiné à la fête foraine car la mairie est à l’opposée des forges de Froncles!). Alors qu’iels tentaient de contrôler les quelques véhicules qui tentaient de s’y garer (non sans soutien des copaines !), retentissait le son d’une crécelle à destination de la flicaille : les flics nous ont fait chier mais on leur a bien rendu.

En parallèle, devant le portail, le picnuk se met en place, avec tables et bancs, pour accueillir un infokiosque (contre POMA et contre CIGEO) d’une part, et le repas tant attendu : houmous de betteraves, pâté de lentilles, salade de pommes de terre aux betteraves et veganaise, tarte aux poireaux, gâteau au chocolat, dessert à la compote et graines de chia, accompagnés d’eau, tisanes et bissap froids. Sur notre couverture de picnuk, on pouvait écrire sur deux grosses cartes punkpostales géantes en carton destinées aux deux copaines inculpées dans l’affaire de POMA.

Sur le portail des forges, la banderole de soutien aux inculpé·x·es a été déployée. Le portail sera très vite décoré de quelques stickers « certifié·e pro-nucléaire » et contre CIGEO.

Au niveau de la flicaille, un gendarme et une sorte de médiateur de la préfecture en civil se sont rapprochés pour négocier notre départ sur la pelouse, à l’arrière du parking où ils étaient stationnés. Mais ceux-ci ont rapidement lâché l’affaire lorsqu’on a commencé à manger en les ignorant. Ils ont ensuite retenté une approche en nous menaçant d’un contrôle d’identité collectif, mais toujours face à notre indifférence, rien ne se passa. Le repas était très bon : tellement plus intéressant que leurs jérémiades quant à notre occupation d’un terrain soit-disant privé (« on n’est pas là pour vous enquiquiner », que l’Autre récitait dix fois comme un poème) !

Parmi les gendarmes en uniforme et en civil, il est bon de préciser que certain·es RG ont très longuement filmé notre évènement, et qu’un flic de la cellule Bure était présent. Il y avait un gros dispositif de flics cachés un peu partout à Froncles (près de la Marne, etc).

Face à ce drôle d’évènement : un picnuk banderolé sur un parking d’entreprise sous la surveillance des gendarmes, plusieurs passant·es sont rapidement venues voir ce qu’il se passait, ce qui a permis de discuter un peu sur CIGEO et sur la présence de POMA dans les forges.

Après le repas, des copaines ont entamé un concert improvisé de percussions, tandis que d’autres tractaient les voitures qui passaient au carrefour devant les forges. Les jours d’avant, ce même tract avait été diffé dans les boîtes à lettres de Froncles pour informer sur POMA à la société des forges et inviter au picnuk de ce jour.

Il y avait des retours très sympathisants et encourageants, hormis d’autres qui avaient l’air de travailler pour POMA (l’une d’elles ayant exprimé depuis son Duster avoir participé aux plans de la maquette). Plusieurs personnes ont exprimé être choquées de ne pas avoir su que les forges abritaient un projet nucléaire, avant le tractage des jours précédents. Et sinon, on a eu plusieurs retours d’habitant·es ayant participé directement à la lutte contre CIGEO ces dernières années.

Pour sa part, le Maire est directement allé voir les flics.

Après toutes ces joyeusetés ensoleillées (auxquelles participait également, de loin, un TRÈS grand chat), décision fut prise de plier bagages et de nous barrer. Alors on a tout minutieusement remballé et on est parti. Quel ne fut pas notre étonnement d’être quelques véhicules à être suivis par la flicaille, à qui nous dédièrent quelques tours de rond-point supplémentaires sur le chemin du retour.

 

08/05/2022

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