Voici quelques nouvelles de la gare et des dernières mobilisations sur place
Cet article ne représente pas le point de vue de toute l’opposition à Cigéo dans le sud-meuse. Il a été pré-mâché à six, écrit à deux et relu par deux autres personnes. Si nous ne prétendons pas parler au nom de toute la lutte, nous assumons de parler en tant que membre de cette opposition.
Récap de ces derniers jours
Un appel à mobilisation a été lancé pour défendre la gare, pour venir à une semaine pour faire dérailler l’expulsion de la gare. Il nous avait été ordonné de quitter les lieux de la gare à partir du 9 avril. Il était écrit qu’il était hors de question de quitter ce lieu selon les termes de l’État.
Si ça vous intéresse voici l’appel :
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La semaine était intense, en préparation, en émotions, en réflexions. Puis la journée du dimanche, nous sommes parti-es en marche de la gare.
Nous étions une centaine, entouré-es de fourgons de gendarmes. Tout autour de l’ANDRA, dans le bois lejus, et sur les axes routiers du labo au bois, de mandres-en-barrois à cirfontaines, mais aussi les grands axes tels que Joinville et Ligny. L’ANDRA et ses flics ont visiblement peur de nous. Le préfet a annoncé 800 gendarmes mobiles. Nous en avons observé pour sûr plusieurs centaines.
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Ce dimanche, c’était le beau temps, la plantation de patates, de salades et d’aromatiques de la gare sur les terrains de l’ANDRA, les barricades qui fleurissent sur la route, celles qui brûlent… C’était un moment très joyeux et beau.
Tout le résumé de cette journée avec des photos sur le super fil info:
Le contexte de la lutte sur place
Plus globalement, le contexte dans lequel se placent les événements de ces derniers jours est important pour comprendre. La pression exercée par l’État, l’Andra et les keufs dure depuis des années. La répression dans la zone de Bure est connue, notamment les stratégies de harcèlement et de nombreux contrôles d’identité. Ces derniers temps, s’organiser à la gare et dans les lieux alentours signifiait d’être attentif aux drônes, hélicoptères, voitures des gendarmes, mais aussi à la surveillance numérique. Aussi, des dispositifs monstrueux sont systématiquement déployés lors des actions, que ce soit par le nombre de gendarmes ou par le matériel dont ils disposent. L’État décide de l’agenda et de l’avancement du projet Cigéo, en imposant ses dates et son rapport de force, qui n’a apparement aucune limite.
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Nous avons peu de contrôle face à cela, face aux armes du capitalisme. Jouer leur jeu, s’adapter à leur rythme, leurs décisions,… C’est l’assurance de broyer notre énergie, nos santé mentale, nos liens, nos vies. Décider de partir et d’étendre la ZAD de la gare sur la route était une manière de reprendre du pouvoir sur ce qui nous était imposé.
Célébrons nos victoires
Le départ de la gare ce 19 avril (ou 231 septembre, sur le calendrier infini) a été un départ choisi.
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Il était symbolique et ne concernait pas tout le monde de la même façon. Certain-es sont resté-es jusqu’au soir de l’évacuation, et d’autres continuent des mouvements dans l’ombre. De nombreuses personnes, pour de multiples raisons, ne pouvaient ou ne voulaient pas envisager de rester sur place sous la pression d’une expulsion et/ou d’une évacuation policière. Ce départ leur a permis de finir en beauté. Apportant leur aide, leur énergie et leur amour de la gare aux barricades, enflammées quelques heures plus tard.
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Sur toute la journée de dimanche, il n’y a eu aucun-e blessé-e, aucune interpellation et aucune garde-à-vue.
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L’organisation des médics, l’anticipation et l’improvisation logistique sur les autres lieux, l’anticipation et la mobilisation de la legal team, les soutiens qui ont convergé, et des ancien-nes qui se relient à nouveau à ce lieu l’espace de quelques jours ou de quelques heures ; tout cela a permis de nous tenir ensemble et de dérouler un plan (légèrement obscur) qui a été le nôtre du début à la fin.
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La semaine de chantiers, de criées, d’ateliers, de spectacles et de fêtes a eu lieu. Les préparatifs de l’évacuation ont pu être réalisés.
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Le niveau de stress relativise toujours la joie et le succès de moments comme ceux que nous venons de vivre. Les peurs des unes et des autres qui s’entrechoquent parfois, rendent difficiles l’émulation collective. Cependant, nous avons de bonnes raisons d’avoir peur, et nous trouvons une fierté tout aussi grande à prendre soin les un-es des autres comme nous le pouvons pour se tenir ensemble aussi longtemps que possible.
Tout au long de la journée de ce dimanche, les efforts des derniers jours, des derniers mois, et même des dernières années, ont abouti à une dynamique collective qui a été une grande joie. Étendre la gare, même pour quelques heures, ça a été une nouvelle démonstration de ce que nous sommes capables de faire collectivement. Et nous gardons précieusement ces moments dans nos têtes et dans nos coeurs, car nous savons déjà que leur souvenir nous aidera pour la suite.
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FUN FACTS!!
– centaure* VERSUS barricade = centaure 0 – barricade 1
Les flics se sont résignés à démanteler une barricade à la main, parce que le centaure en fonçant dedans a tout simplement … été stoppé par la barricade 😛
Ne jamais minimiser la solidité d’un bon entrelacement de pneus, de palettes, de troncs, de bouteilles de gaz, etc … <3
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– Les flics se hurlent dessus quand ils ont peur et quand ils galèrent à déplacer une barricade
Ça les rendrait presque humains ! Mais bon, pour ça faudrait qu’ils arrêtent de protéger un gouvernement de capitalistes, qu’ils arrêtent leurs violences racistes, qu’ils arrêtent de porter des armes pour humilier d’autres humains, … démissionner serait une bonne première étape !
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– Un dôme de ~4m de hauteur et de ~10m de diamètre se porte à une vingtaine de personnes
– Une éolienne d’environ ~10m de hauteur se lève à une vingtaine de personnes + des cordes
Comme quoi, faut pas être si nombreux-ses pour entraver l’avancée des flics.
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Malgré tout cela, le contexte des expropriations par l’andra, qui a concerné de nombreuses familles du sud-meuse, reste effrayant.
Il a parfois, souvent, été difficile de trouver ou clarifier collectivement les perspectives de lutte. Malgré la quantité phénoménale de personnes l’ayant traversée, habitée et soutenue, la gare reste un terrain de 8 hectares perdu au fin fond de la meuse. Ce n’était pas forcément un consensus, mais nous étions plusieurs à redire : « la gare, on va la perdre ; on sait pas quand exactement mais on peut décider de comment on la perd ».
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C’est pour cela qu’on veut maintenant célébrer l’occupation illégale qui a commencé pendant septembre infini, qui a passé un hiver et a débouché sur cette journée du 231 septembre. Cette occupation a permis quantités de choses. Cette occupation, c’est aussi la fin de la vie d’un lieu qui a duré presque vingt ans.
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Nous allons être témoin de sa destruction par l’ANDRA ; cela nous met déjà en rage. Mais nous savons aussi que ce souvenir portera nos colères que nous déploierons contre les travaux de Cigéo, s’ils commencent véritablement un jour.
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La lutte n’est pas finie, elle recommence
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Devant nous, quantité de choses à venir. Si parfois les perspectives sont sombres, parce que nous faisons face à des ennemis puissants & que les contradictions dans nos organisations semblent parfois insurmontables, nous essayons de ne jamais oublier que la lutte contre le nucléaire est une lutte contre le monde du nucléaire.
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Il n’y a pas d’alternative soutenable au nucléaire. C’est dans l’organisation politique et sociale qu’il y a des réponses à trouver.
Des gouvernements trouvent justifiable de sacrifier des territoires comme au Congo ou ailleurs, pour extraire l’uranium et la quantité phénoménale de métaux qu’il faut à l’industrie du nucléaire et à l’électrification du monde. Justifiable de soumettre des peuples entiers à la menace nucléaire comme au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie, en Amérique du sud (on rappelle que les membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU sont les 5 premières puissances à avoir acquis l’arme nucléaire) pour maintenir l’hégémonie capitaliste de l’occident. Justifiable d’avancer toujours plus dans la destruction capitaliste qui nous entraîne désormais dans un effondrement écologique généralisé (il n’est JAMAIS trop tard pour stopper la destruction, tout en intégrant que des pertes sont progressivement irréversibles et dont nous devons faire le deuil).
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Nous n’acceptons pas ces constats comme des fatalités. Il y a bien d’autres réalités qui luttent pour exister et qui témoignent de la possibilité de vivre tout autrement. Ces gouvernements nous dégoûtent et nous n’avons aucune confiance dans le fait qu’ils pourvoient aux besoins des populations. Ils ne savent qu’amadouer les plus forts en sacrifiant les plus faibles. Nous trouvons notre puissance ailleurs que dans la domination. Dans la solidarité, toujours en construction ; dans le soin des un-es et des autres, toujours en transformation ; dans la détermination à se tenir debout face aux fascistes de ce monde.
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Plus localement, Cigéo continue d’avancer.
Il a déjà du retard, son coût va continuer d’augmenter et la relance du nucléaire n’est pas encore faite ; mais Cigéo avance néanmoins. D’ici quelques semaines, une N-ième enquête publique se tiendra dans le sud-meuse, à propos de la DAC (déclaration d’autorisation de création, en cours d’examen par les instances du nucléaire). Cette enquête publique se tiendra à distance (en visio, LOL) ; probablement parce qu’ils savent qu’on la laisserait pas se dérouler sans encombre. Cette enquête publique sera une farce, comme les précédentes. Une farce qui serait drôle si les enjeux n’étaient pas aussi énormes. Mais elle va servir de caution démocratique et alimenter les stratégies d’acceptabilité sociale de l’ANDRA en Meuse et en Haute-marne. Leur objectif est de faire valider la DAC avant 2027. Avant les présidentielles ? Peut-être, sûrement.
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Si les nucléocrates ont peur de l’instabilité politique, nous avons des indices de ce qu’il faut continuer à faire : soutenir et prendre part à toutes les luttes, partout, autant que nous le pouvons.
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Ici, en Meuse, il y a de l’espace pour beaucoup de monde – et bien sûr, les possibilités de mobilisation dépendent en grande partie d’une quantité de personnes organisées suffisamment importante sur place. Mais la lutte en Meuse n’est pas plus importante que d’autres luttes ailleurs ; ce qui importe est plutôt les liens entre nos luttes et la solidarité qu’on arrive à construire. Alors venez en Meuse ; et prenez le temps de venir, qu’on ait le temps de s’organiser justement. La lutte à Bure est d’ores-et-déjà présente dans de multiples endroits ; il appartient à tout le monde de se poser la question : comment stopper le désastre nucléaire ?
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Et si la joie de vous installer en Meuse vous attrape pour un temps ou pour longtemps, sachez que vous êtes déjà les bienvenu-es <3
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Très chère la gare, au revoir,
La gare, nous t’avons donc dit au–revoir.
Nous gardons en mémoire tout ce que tu représentes, tous les souvenirs, les symboles,
Nous chérirons dans nos coeurs nos souvenirs et quelques traces, telles que les ∞ ZINE qui ont été publiés au long de ce très long septembre infini.
Nous t’avons dit au revoir, mais pas adieu.
Certes, la fin de la gare comme lieu de vie est une douleur immense.
Mais ce n’est pas la fin de notre histoire, la gare.
Ne crois pas que nous laisserons les travaux se dérouler sans encombre ni les trains castor passer sur toi sans que ça déraille.
Tu nous manques fort,
À la prochaine.
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Le centaure étant une créature mythique, on notera que l’armée continue d’utiliser des imaginaires guerriers pour alimenter leurs fantasmes de puissance, de contrôle, et de destruction. L’entreprise (la Sofram) qui a produit ce véhicule est partie prenante de cet imaginaire. Nos ennemis aussi ont besoin d’imaginaires, et ils l’utilisent à des fins mortifères. Nous leur opposons d’autres imaginaires. Parmi les centaures, certains avaient des réputations de sagesse. C’est donc une réduction et une récupération impérialiste d’utiliser l’image du centaure pour nommer un engin de guerre et de répression.
21/04/2026
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