Agression sexiste et hiérarchie des luttes à Bure

Traduction d’un témoignage initialement paru sur Indymedia Nantes.

Original version in english below

Déroulement d’une soirée triste dans une maison occupée à Bure [1].

Je ne sais pas comment écrire ce texte sans me laisser submerger par la tristesse. Mais je vais faire de mon mieux.

Le 31 août 2019, deux groupes dans lesquels je joue ont été invités à se produire à la Maison de Résistance à Bure. Depuis Liège, nous avions quatre heures de route aller et quatre heures retour.

J’étais vraiment excitée car je n’étais encore jamais allée dans ce lieu et nous allions jouer pour la sortie du fanzine Freakszine.

Je m’attendais à une belle fête et, à mon arrivée, j’ai commencé à jouer avec des gens qui improvisaient des chansons stupides pour rire. Je me suis sentie chez moi.

Quand le premier groupe dont je fais partie a commencé à jouer, je chantais du côté gauche. Les gens faisaient un pogo et laissaient à l’autre chanteur et à moi une certaine distance afin que nous puissions nous déplacer également. Une des personnes dansait trop près et m’a donné des coups de coude à plusieurs reprises en se rapprochant trop de moi. Je suis donc allée un peu plus loin et il est revenu deux fois en marchant sur mon câble (mon matériel perso) au point que j’ai dû remettre le micro en place. À un moment, son coude s’est trop approché de mes yeux et donc, à la fin de la chanson, je lui ai demandé de faire attention et de ne pas venir si près de moi.

Après ce concert, tout le groupe était content. J’étais près de la distro et le gars est venu me demander : « Pourquoi tu ne voulais pas que je fasse le pogo ? » Pendant que je lui répondais : « Je n’ai pas dit de ne pas faire ça, mais… », il est parti comme pour signifier que ce que j’avais à dire n’était pas important. Il est revenu aussitôt et a reposé agressivement la même question. Alors je lui ai répondu agressivement que c’était à propos de mon putain de câble et de son coude, et il est à nouveau reparti pendant que je parlais. Je lui ai dit que c’était une façon typiquement sexiste de réagir. Et là, le type est revenu me voir et m’a dit : « Alors tu es raciste ! »

J’étais choquée.

Il est parti, pour revenir ensuite et dire : « Désolé, je vais partir. » Il ne l’a pas fait. À la place, il m’a collée contre un mur en me traitant de RACISTE au moment où j’allais me chercher une bière avant de chanter avec le groupe suivant.

Les autres se préparaient sur la scène dans la pièce à côté de nous. Je lui ai dit qu’il était fou avec ce truc de me traiter de raciste dès que j’ouvrais la bouche pour dire que quelque chose n’allait pas dans son comportement. Il s’est approché très près de moi, comme s’il voulait me frapper. J’étais sûre qu’il allait le faire, mais j’ai décidé de rester et de lui faire face.

Au lieu de ça, il a craché trois fois sur le sol près de moi et, à chaque fois, il me disait : « Tu es raciste. »

Je lui ai dit : « Tu montres vraiment à quel point tu es un homme fort en faisant ça. » Là, il m’a giflée très fort et m’a poussée contre le mur. Il y avait du monde à côté, mes ami·es, à qui j’ai dit : « Hé, il m’a giflée ! »

Pendant que mes ami·es venaient pour prendre ma défense, je me suis précipitée dans la pièce voisine en comprenant ce qui allait se passer : les habitants de la maison sont venus le défendre et m’accuser d’être raciste !

Alors que mes ami·es tentaient de parler avec les gens, apparemment, gifler des filles, ça va, mais dire à une personne racisée qu’il s’est comporté comme un connard, c’est pas possible ! D’un coup, on était tou·tes racistes, alors que le gars, complètement bourré, frappait tout le monde, y compris ses colocs ou ses ami·es.

Certain·es d’entre nous ont essayé de discuter avec les personnes du lieu et, apparemment, le type est excusé parce qu’il est bourré, racisé et traumatisé, et à la Maison de Résistance il y a des gens qui disent que les Blancs (ils le sont tous eux aussi) n’ont pas à se défendre.

Cela m’a mise complètement hors de moi et j’ai foutu par terre leur savon, de la viande et du fromage qui traînaient dans la pièce, ainsi que des fanzines, tout en disant que ce n’était pas ce qu’ils proclamaient et que c’était violent.

J’ai vu le gars frapper mon ami, mon partenaire et une autre amie qui était venue avec nous, et elle n’est visiblement pas blanche. Puis j’ai vu un autre gars (blanc) se diriger vers mon partenaire en disant : « Tais-toi, je suis anti-Blancs. » J’ai demandé à tout le monde d’arrêter de discuter et de se dépêcher de partir !

G., l’organisateur, était en train de pleurer, alors je lui ai dit que ce n’était pas sa faute, mais qu’il ne devrait pas accepter que ces personnes puissent se comporter de la sorte.

Lui et d’autres habitants de la maison nous ont alors dit que ce n’était pas la première fois qu’il était violent. Et qu’ils étaient en colère contre lui, mais aussi qu’ils en avaient peur.

Ce n’est pas notre responsabilité si ce gars a eu une vie de merde et a été victime de discriminations. Cela ne lui donne pas le droit ni l’excuse de discriminer en retour et d’agresser d’autres personnes. Et être saoul est la pire des excuses possibles. Et dans ce cas, supposer que j’étais francophone et belge juste parce que le groupe est situé en Belgique pourrait aussi être qualifié de racisme.

Pendant que nous essayions de ranger les amplis, ce gars à qui on avait dit de partir est encore revenu vers moi, mais au lieu de me frapper, il a frappé la camionnette du groupe dans laquelle la chienne dormait. Elle a été terrorisée et a commencé à aboyer.

Devant tous ces faits, les habitants ont déclaré : « Nous n’avons rien vu ni rien entendu. »

Nous sommes parti·es vers minuit et avons dormi chez des ami·es après deux heures de route, avant de retourner à Liège le lendemain.

Une fois l’adrénaline de l’autodéfense partie, je ne pouvais plus respirer ni arrêter de pleurer en pensant mais WHAT THE FUCK, qu’est-ce qui se passe dans ce monde soi-disant anarchiste et activiste ! Ces gens font la guerre aux mauvaises personnes juste pour nous contrôler et pour qu’on se déteste les un·es les autres ; les gens inventent des histoires pour rabaisser les autres, des histoires fausses qui ne devraient pas exister, des mots faux, une rumeur qui devient de plus en plus grande… l’anarchie est morte !

J’ai des attaques de panique depuis que nous sommes parti·es et je déteste reconnaître que je suis faible. Mais je veux parler de ce qui s’est RÉELLEMENT passé, comme beaucoup de gens pourront le confirmer, et dégager ce poids de mon cœur, qui m’empêche de respirer correctement depuis cette agression.

En appeler au racisme lorsque tu fais de la merde, que tu es sexiste et que tu es le premier à imposer de la discrimination violente dans un lieu, c’est vraiment, vraiment lamentable et irrespectueux. Et nous ne comprenons pas que la plupart des habitants de la maison nous montrent que, pour eux, l’anti-racisme est une lutte plus importante que l’anti-sexisme.

English

 

don’t know how to write this text without letting sadness overwhelm me. But I’ll do me best.
On 31/08/2019 two bands where I play were invited to perform in rue de l’eglise n. 4 in Bure. We had to drive 4 hrs to go and 4 to come back to Liege.
I was so excited to go there as I still didn’t go to this place, and we were playing for the release of the fanzine ‘Freakszine’.
I was expecting a nice party and as I arrived I started to jam with some people improvising stupid songs to laugh. I felt home.
When the 1st band with me in it started I was singing on the left side. People were doing some pogo and giving me and the other singer some distance so that we could move too. One of the people doing pogo was dancing too close and hurted me with his elbow a couple of times while coming too close to me, so I moved a bit further, and he came back stepping twice on my cable (my own material) so that I had to put the mic back. After a while, again his elbow went too close to my eyes so as the song finished I told him to watch out and don’t come too close to me.
After the show the whole band was happy. I was standing close to the distro and the guy came to me asking me :’why you didnt want me to do the pogo? » While answering ‘I didn’t say not to do this but…’ he left like provoking that what I have to say was not important. He comes back immediatly and he ask aggressively the same question, so I answer aggressively that it was about my fucking cable and his elbow, and he leaves again while I speak. So I tell him it’s a typical sexist way to react. The guy then comes to me and says ‘then you are racist!’.
Then I was shocked. He left, to come again and say ‘sorry, I will leave’. He didn’t , instead he put me against the wall calling me RACIST while I was searching for a beer to go sing with the next band. The others were getting ready on the stage in the room next to us, I tell him he’s crazy about this racist stuff just as I am opening my mouth to tell something that was wrong in his behavior, so he come really close to me, like he wants to beat me, I know he will, but I decide to stay and face him. Instead he first spit 3 times on the ground close to me and each time he tells me :’ you are racist’. I tell him ‘you really show you are a strong man doing this’ – then he slaps me really hard and pushes me to the wall. There was somebody around : my friends to who I say ‘hey he slapped me!’
And my friends come in my defense, I run to the other room as I imagine what was going to happen : the local people of the house come to defend him and accuse me to be racist !
As my friends try to talk with the people, apparently slapping girls is ok, but telling a colored person he has been an ass is not ok! so we were all racist, in once, while the guy was beating everybody up, drunk as fuck, even his own roommates or friends.
Some of us tried to talk with the locals and apparently the guy is excused as he’s drunk, colored and traumatised, and in the house there are some people that says the white people (they all are as well) can’t defend themselves.
That made me completely angry and I dropped their soap and some meat and cheese they had around in the room on the ground, plus some fanzines, saying that this is not what they preach, this is violent.
I saw the guy hitting my friend, my partner and another friend that came with us, and she is also visibly not white.Then I saw another (white) guy going to my partner saying ‘shut up I am anti-white’. I asked everybody to stop talking and hurry up with leaving!
Git, the organiser was crying so I told him it wasn’t his fault but he should not accept that this people are free to behave like this.
He and other people of the house then told us that it was not the first time he was violent. And that they were angry at him, but also afraid of him.
This is not our responsbility if this guy had a shitty life and experienced discrimination.
It doesn’t give hime the right or the excuse to disciminate back and to assault people. And being drunk is the worst excuse
possible. And assuming i was francophone and belgian because the band is located in belgium can also be labelled as racism.
While we were trying to put back the backline, this guy that was told to leave was coming back to me again, but instead of hitting me, he was hitting the van of one of the crew, where the dog was sleeping, so she was terrorised and started barking.
In front of the evidence, the locals said ‘we didn’t hear nothing and see nothing’.
We left around 00h and slept at a friends place after 2 hrs, to go back to Liege the day after.
After the self defence adrenaline went away I couldnt breath and couldn’t stop to cry, thinking about WHAT THE FUCK is going on in this so called anarchist and activist world! That people make wars to the wrong people for the sake of who controls us and wants us to hate each others, people invent stories to put others down, false stories that should not be, wrong words, story told from person to person that become bigger…anarchy is dead!
I just have panic attacks since we left and I hate to admit I am weak.
But I wanted to talk about what REALLY happened as a lot of people could testify, and to put away this weight from my heart as I breath like shit since this aggression.
Open calls to racism when you just do bullshit and you are sexist and the first violent discriminator in the place, is really, really lame and disrespectful. And we don’t understand that most of the people from the house were showing us that for them, anti-racism is a more important struggle than anti-sexism.

11/09/2019

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