1/ Introduction – Merci
Les Résistantes [1], rencontre des luttes locales et globales, était un évènement co-organisé, pour cette édition, par l’association Terres de Luttes [2], le Collectif 924 [3] et de nombreux militant·es. En autogestion, accueillant plus de 7 000 personnes, elles se sont déroulées du 7 au 10 août 2025 dans l’Orne. Les enjeux étaient principalement la visibilisation des luttes locales à travers la France, le croisement et la coopération inter-luttes, saupoudré d’un peu de fête !
Nous y étions, personnes juives, queer, politisées de différentes façons à l’extrême gauche, et militant contre le racisme et l’antisémitisme.
Nous avons assisté à l’AG de clôture, durant laquelle des personnes racialisées négativement ont courageusement fait une intervention dénonçant le racisme et la tokenisation [4] du festival qu’elles ont subi. Nous avons également assisté au début de l’AG antiraciste qui a eu lieu par la suite, en soirée, pour poser des actes et ne pas laisser leur dénonciation rester lettre morte.
Nous avons nous-même des choses à dire sur le sujet et prenons l’exemple des Résistantes car il nous offre des faits concrets pour analyser la dynamique de dépolitisation des questions antiracistes, que nous observons partout dans nos milieux de gauche. Et s’il nous tient à cœur aujourd’hui de partager ce texte, c’est que vivre les Résistantes nous a montré que nos idéaux peuvent se matérialiser dans une vie collective, mais qu’il serait dommage que le traitement lacunaire de l’antiracisme nous en empêche, quand l’expérience de la discrimination impacte nos intimités, nos récits, nos vécus au quotidien.
Nous tenons donc à commencer par dire, que malgré les écueils dont nous allons parler, nous avons trouvé ce festival mémorable ! C’est important de souligner le positif, et il était bien là : accueillir plus de 7 000 personnes en AUTOGESTION, avoir monté autant de chapiteaux, de toilettes sèches, avoir organisé une telle cantine, avoir eu autant de tables rondes/discussions passionnantes, avoir fait une place à l’art militant et à la joie, avoir imposé que les meufs et/ou personnes queer aient une place importante à tous les niveaux, avoir pensé à l’accueil des enfants, avoir pensé des espaces de soin (bigup la médic !)… Franchement c’était utopique : un exemple d’organisation et de radicalité à l’échelle d’une ville qui donne du jus pour la révolution. C’est d’ailleurs ce que les personnes racialisées négativement ont dit sur scène, et ce que nous voulons dire aussi : c’est parce que c’était si chouette et si bien pensé à des tas d’endroits qu’on a envie de pouvoir vous rejoindre et militer avec vous.
Alors, merci à l’orga, merci aux assos, collectifs, merci aux expert·es présent·es qui nous ont nourri·es pendant quatre jours.
Nous espérons vous nourrir à notre tour par ce texte que nous souhaitons pédagogique. Nous l’avons travaillé de sorte à être le plus compréhensible possible, en renvoyant vers des ressources dont les lecteur·ices peuvent s’emparer pour creuser les questions.
Pour nous, l’ensemble de ce qui s’est passé dénote d’un problème plus large que les attitudes et comportements racistes : c’est le reflet d’une perte de politisation, de connaissance et de compréhension de l’antiracisme.
Que ce soit les actes racistes en eux-même, les réactions ou non des personnes blanches témoins, le discours de dénonciation porté sur scène, les discussions/réactions qui ont suivi avec des personnes non-concernées, ou bien encore les textes qui ont été publiés, ils ont tous pris la forme de cette dépolitisation que nous tenons à interroger.
Dans le meilleur des cas, cette méconnaissance entraîne des prises de position très superficielles telles que “il faut remettre en question le privilège blanc” ou bien “il faut être véritablement intersectionnel·les”, où les “bons” mots-clefs-comptent-triple sont énoncés sans référentiel théorique solide. Et dans le pire des cas, des discours aux prétentions antiracistes sont énoncés comme l’évidence sur ces questions alors qu’ils sont en réalité porteurs de thèses réactionnaires que l’on devrait considérer avec suspicion dans nos luttes de gauche.
2/ Antiracisme et théorie décoloniale ne sont pas synonymes : non à l’homogénéisation caricaturale de l’antiracisme
Depuis quelques années, l’adjectif « décolonial » est utilisé pour désigner tout ce qui à trait à l’anticolonialisme de manière erroné mais aussi ce qui semblerait une quintessence des luttes, à savoir une intersectionnalité entre une lutte décoloniale et un sujet désigné : on parle ainsi de luttes décoloniales, de féminisme décolonial, d’écologie décoloniale… De plus en plus, le terme décolonial remplace le terme bien plus général d’antiracisme et agit comme un exhausteur de pureté militante. On comprendrait mieux les enjeux d’un sujet au prisme de la décolonialité. Et cela soulève des problèmes théoriques de taille. D’abord et avant tout, car le mouvement décolonial ne constitue qu’un tout petit bout de la pensée antiraciste et que l’amalgame entre son évocation et l’antiracisme en général contribue à l’invisibilisation des autres formes d’antiracismes et donc à la diminution de notre capacité commune à penser ces luttes.
Par exemple, durant Les Résistantes, nous avons pu constater cette simplification, cet amalgame entre décolonialité et antiracisme, par la présence d’une carte des pensées écologiques proposée par Bonpote [5] sur le stand de Reporterre [6].
Elle qualifie d’écologie décoloniale des mouvements et des penseurs qui n’en font pourtant pas partie. Frantz Fanon [7], Aimé Césaire [8] sont ainsi présentés comme des penseurs pionniers de cette pensée, ce qui constitue un anachronisme redoutable en plus d’être révélateur d’une notion erronée de progrès, comme si une pensée venait amender et rendre caduque la précédente. Soyons clair, ce n’est pas le cas.
Les penseurs princeps de la pensée décoloniale sont les fondateurs du groupe modernité/colonialité, avec Ramón Grosfoguel, Enrique Dussel [9], [10]. Ce mouvement naît dans les années 1990. Certes, ces auteurs se réclament de Fanon, dont la pensée s’inscrit principalement à partir des années 1950, pourtant l’analyse comparée de leurs pensées et de celle de Fanon révèle des divergences fondamentales qui sont loin d’être anodines. La plupart des gens de nos réseaux de gauche, par ailleurs, s’ils connaissent bien Frantz Fanon ne connaissent pas les auteurs du groupe modernité/colonialité. On peut donc s’étonner du fait que tout un milieu de gauche se réclame aujourd’hui du mouvement dit décolonial alors que finalement si peu de ce mouvement est connu, notamment en France.
Tout comme pendant longtemps nombre de militant·es se sont dits “matérialistes” sans être familier·es à la pensée de Marx, tout comme on se revendique souvent de l’intersectionnalité sans rien connaître à la pensée théorique de Crenshaw [11], tout était « décolonial » aux Résistantes, et pourtant rien ne l’était.
1/ Quelques éléments pour s’y retrouver
Historiquement et théoriquement, il est important de faire la distinction entre l’anticolonialisme, le post-colonialisme et le mouvement décolonial.
1/ L’anticolonialisme
Les anticolonialistes sont, schématiquement, les militant·es qui se sont battu·es contre la réalité concrète du pouvoir colonial. Iels ont dénoncé la domination matérielle coloniale ainsi que la domination des psychés des individus colonisés et ont participé aux luttes d’indépendance. Iels ont lancé les premiers mouvements intellectuels sur la négritude et ont posé les bases de l’anticolonialisme révolutionnaire : pour beaucoup, leur pensée était teintée de marxisme, ou du moins d’anticapitalisme. Aimé Césaire ou Léopold Sédar Senghor [12] en furent des figures majeures. Frantz Fanon, à la frontière entre anticolonialisme et postcolonialisme, a développé une pensée complexe, bien trop souvent simplifiée par la suite. S’il a développé une sémantique binaire pour illustrer ses développements théoriques entre centre/périphérie, et colonisateur/colonisé, il se refusait à une hiérarchisation des races, et surtout, il défendait la liberté comme “ce qu’il y a de plus humain dans l’homme” [13]. Il prévenait déjà que le risque des luttes anticoloniales serait de reprendre pour elles les armes des colonisateurs. Pour lui, il fallait libérer le colonisé comme le colonisateur du piège de la race. Il se montrait ainsi pour sa part, très critique du courant culturaliste [14] de la négritude : “et l’on va dans un corps à corps avec sa noirceur ou avec sa blancheur, en plein drame narcissique, enfermé chacun dans sa particularité” [15].
2/ Le postcolonialisme
Le mouvement des études postcoloniales est quant à lui apparu dans les années 1980. C’est-à-dire avec un peu de recul historique sur la chute des grands empires coloniaux. Il a montré que la fin de la colonisation, notamment des anciennes colonies britanniques, ne s’associe pas à la fin d’une domination concrète. Les pays anciennement colonisateurs continuent alors leur réseau d’influence sur les pays colonisés, avec de nombreuses ingérences politiques, une poursuite de l’exploitation économique, un extractivisme forcené. Avec une méthodologie scientifique issue des sciences humaines, les intellectuel·les de ce courant ont amené des preuves tangibles de l’énorme rapport de force se poursuivant dans les anciennes colonies. Iels ont pour cela puisé dans l’épistémologie de la littérature et de l’analyse des discours, notamment dans la sémiologie des discours coloniaux. Il est important de noter que l’auteur princeps de ce courant, Edward Saïd [16], se refusait à reproduire les pratiques eurocentrées consistant à survaloriser une race sur une autre. Homi K. Bhabha [17] ira plus loin et sera critique de Saïd, en refusant aussi la binarité introduite par Fanon et en montrant la véritable dialectique qui s’opère entre peuple colonisé et peuple colonisateur. Il prévient de la tentation qu’il peut y avoir à homogénéiser, au détriment des faits, des réalités parfois différentes au sein d’un groupe donné. Il introduit le terme d’hybridité pour rendre compte de ce troisième espace, celui de la dialectique.
3/ Le mouvement décolonial
Le mouvement décolonial a quant à lui été porté originellement par des auteurs d’Amérique du Sud produisant pour la plupart leurs pensées depuis des universités états-uniennes. Le mouvement décolonial porte une analyse depuis les débuts du processus de colonisation, à savoir pour elleux depuis la découverte des Amériques par Colomb : iels situent là le début de la “Modernité” et considèrent que la colonisation et sa portée raciste ne sont pas l’achèvement du capitalisme mais le précèdent. Leurs analyses sont portées au sein d’une variété de disciplines, mais sont plutôt inscrites dans le débat théorique que dans l’enquête de terrain. Le mouvement décolonial se démarque du post-colonialisme par sa revendication actionniste : il s’agit de s’interroger et de proposer des moyens de redistribuer les systèmes économiques, politiques et sociaux d’une façon à mettre fin à la domination des ancien·nes colonisateur·ices sur les ancien·nes colonisé·es.
2/ Critiques contemporaines adressées au mouvement décolonial
Aujourd’hui, le mouvement décolonial est fortement critiqué y compris par les premier·es concerné·es, c’est-à-dire par les penseur·euses des pays d’Amérique du Sud anciennement colonisés. Un ouvrage collectif a d’ailleurs été édité en France à la rentrée 2024, dont le titre est évocateur : “Critique de la raison décoloniale, sur une contre-révolution intellectuelle” [18]. Dans ce corpus de textes est dénoncé un accaparement de la lutte antiraciste par le mouvement décolonial qui en constitue pourtant une minorité. Voici, ci-dessous, quelques raisons pour lesquelles le mouvement décolonial est critiqué.
1/ La production d’une pensée essentialisante
La période précoloniale constituerait un paradis perdu, complètement fantasmé et les sujets indigènes sont conçu·es comme en apesanteur de la modernité ou comme devant lui résister. Les auteur·ices décoloniaux·ales tombent ainsi dans le piège racialiste que dénonçaient leurs prédécesseurs, tout en s’inscrivant dans une réitération du mythe de l’âge d’or, porteur d’une dimension rétrograde, puisque le projet politique semble être de restaurer ce sujet “pur” de l’époque d’avant la colonisation qui a été “contaminé·e”.
Si les “indigènes” sont figé·es et essentialisé·es, c’est aussi le cas des Occidentaux. Ainsi comme le souligne l’historien Michel Cahen [19] à propos de la pensée de Mignolo :
D’abord, je considère que les décoloniaux idéalistes développent en réalité un « orientalisme à rebours » (j’emprunte la belle formule de Gilbert Achcar), car ils inventent un « Occident » et une « Modernité ». Certes, quelques-uns (dont Mignolo) disent bien que l’Occident et la Modernité ne sont pas homogènes mais ils n’en tirent aucune conclusion et leur raisonnement vient entièrement d’une supposée homogénéité, dans l’espace et dans le temps. De la Finlande au Portugal, de l’Irlande à la Grèce (y compris antique !) et aux États-Unis, c’est l’ « Occident » bien plus que le système-monde capitaliste (c’était moins le cas chez Quijano). Et la même Modernité inclut Hitler et Marx, Gobineau et Montaigne, qui font tous partie du même Empire. Mais moi, historien, je ne sais tout simplement pas ce que sont cet « Occident » et cette « Modernité »… [20]
2/ Une logique campiste reprise par les régimes théocratiques
Loin de ce que Bhabha tentait de prévenir, les décoloniaux tombent dans une logique très guerre-froidiste, campiste c’est à dire qui oppose deux camps : un Nord global [21] schématisé comme dominateur, moderne et colonisateur, et un Sud global schématisé comme victime d’oppressions et qui porte en lui la possible résistance à la Modernité. Si ce découpage simpliste pouvait éventuellement avoir du sens sous les empires coloniaux, les rapports de force géopolitiques aujourd’hui ont muté, et la pensée décoloniale ne parvient pas à les penser. Ainsi, l’URSS ou la Chine se sont proclamées anti-impérialistes durant toute la Guerre-Froide, prétendant lutter contre les USA et ses allié·es. Aujourd’hui la Russie, la Chine, l’Iran, ont toujours cette prétention. Il est pourtant clair que ce sont des forces despotiques, impériales, et surtout imprégnées d’un capitalisme forcené, vérolé par la corruption, défendant des politiques polluantes, extractivistes et anti-écologiques. Conserver un point de vue binaire et campiste, c’est donc faire de ces grosses puissances, parce qu’elles appartiennent à l’Orient, au Sud Global ou qu’elles sont opposées aux USA, des allié·es politiques alors même que ce sont des forces fascistes [22]. Ainsi, aujourd’hui, le discours décolonial est utilisé par des gouvernements nationalistes pour justifier de leur autoritarisme, celui-ci permettant de contrer la prétendue “influence impérialiste occidentale”. La démocratie, le droit des femmes et des LGBTQIA+, sont pêle-mêle considéré·es comme des traces de colonialité et il devient alors légitime et juste de les rejeter. Ainsi, en Inde et en Russie, le concept de rupture (delinking, Mignolo, 2007 [23]), sert aujourd’hui à rejeter avec hostilité toute influence occidentale, conduisant à l’affirmation identitaire nationaliste et à la persécution de groupes ethniques minoritaires ou d’opposant·es politiques [24] [25]. Les gouvernants conservateurs des anciens pays colonisés se servent de la pensée décoloniale pour revendiquer une séparation avec toutes les valeurs d’émancipation, de démocratie et de libertés individuelles selon eux propres à l’Occident, tout en produisant ce que les anticolonialistes cherchaient à combattre : l’essentialisation, la hiérarchisation, les logiques racialistes, par une opération de renversement de la valeur raciale [26] . Si certain·es pensent que le mouvement décolonial est simplement “dévoyé” par des régimes autoritaires, nous pensons quant à nous que ce mouvement porte en lui des éléments ethno-essentialistes et conservateurs. Les théories décoloniales ne sont pas, à notre sens, simplement “récupérées” : les théoricien·nes décoloniaux·ales assument des liens avec des régimes théocratiques. Par exemple, des auteur·ices de la mouvance décoloniale sont intervenu·es lors de la “third decolonial school” [27] aux côtés de Maduro, Président Vénézuélien qui a institué un régime autoritaire, le Venezuela ayant désormais une note de 15/100 en matière de droits politiques et libertés individuelles [28]. Le MIR (Mouvement des indigènes de la Républiques, façade décoloniale française co-fondé par Houria Bouteldja) a organisé en 2009 des évènements avec Ali Fayad, député du Hezbollah [29] . Judith Butler, proche du courant décolonial, soutenait dès 2006 le fait que le Hamas appartenait à la “gauche globale” [30] même si celui-ci a depuis traqué et exécuté tous ses opposants politiques [31] . Sans compter les nombreux sous-entendus d’admiration de militant·es décoloniaux ou proches des décoloniaux envers des leaders totalitaires comme Erdogan ou Ahmadinejad. Tout cela semble soulever un problème inhérent à la pensée décoloniale : elle n’est pas une pensée antifasciste.
Et c’est sans doute ce qui est si dur à comprendre dans nos milieux de gauche en France : nous faisons comme si antiracisme et antifascisme allaient de pair. Or, il existe des courants dans l’antiracisme et l’anti-impérialisme qui sont fascistes ou fascisants, c’est-à-dire qui désirent imposer leur vision du monde et leur agenda politique, autoperçus comme les seuls légitimes et justes, par l’autoritarisme et le contrôle de la pensée. Trop souvent, nous justifions ces discours et praxis car leurs porteur·euses se disent antiracistes, parlent depuis des places de personnes racialisées négativement et font régner la terreur en accusant toute personne émettant des réserves ou les contredisant de “racistes”, y compris lorsqu’il s’agit de personnes elles-mêmes racialisées négativement, expertes de ces questions et luttant contre le racisme.
3/ S’absoudre de la pensée occidentale n’est pas sans risque
Dans la pensée décoloniale, et dans la ligne de la pensée de Michel Foucault [32] , le savoir est perçu comme élément central de l’émergence du pouvoir. Les ancien·nes colonisateur·ices ont imposé progressivement, sur les territoires qu’iels accaparaient, leur façon de penser, leur façon de produire de la science. Ce sont les occidentaux qui, longtemps, ont raconté l’histoire des pays qu’iels occupaient, dépossédant les populations locales de leurs propres transmissions. Aujourd’hui, la langue anglaise s’est imposée dans les échanges internationaux universitaires, ce qui n’est pas anodin dans les territoires anciennement colonisés par l’Angleterre ou qui ont subi l’impérialisme des Etats-Unis.
C’est à partir de ces faits indéniables que les penseurs décoloniaux ont considéré que la pensée occidentale, critiquée à juste titre à cause de son eurocentrisme, était infréquentable : il fallait pour elleux s’en absoudre complètement. Pour cela, les décoloniaux ont proposé l’usage d’épistémologies (façons dont on organise les méthodes et outils scientifiques pour produire de la pensée) “subalternes”, qui échapperaient au contrôle rationnel prétendument occidental. Cependant cet élan légitime a fini par devenir un instrument leur permettant de refuser toute critique. En effet, à chaque fois qu’une critique est émise à leur encontre, et quelque soit sa provenance, les auteur·ices décoloniaux·ales se situaient alors “en dehors” de la pensée eurocentrique et reprochaient à leur détracteur·ice de ne pas saisir la spécificité de leur pensée indigène. La critique était alors considérée comme instrument du pouvoir colonial, et délégitimée. Les penseur·euses décoloniaux·ales sont devenu·es les éternel·les éclairé·es incompris·es qui retombaient toujours sur leurs pattes, alors même qu’iels étaient pour la plupart des universitaires états-uniens, jouissant d’importants privilèges dans le monde académique ! En rupture avec la rationalité occidentale, en rupture avec le marxisme qu’iels trouvaient aussi trop “eurocentré”, en prétendue rupture avec la philosophie qui les précédait (bien qu’en réalité iels se soient largement inspiré·es de la philosophie européenne et particulièrement de la French Theory), iels ont progressivement créé leur propre sémantique indigeste. En les lisant, on peut vite se sentir dépassé·e par des mots composés de listes d’adjectivants à n’en plus finir, reliés par des tirets, un seul mot pouvant faire jusqu’à trois lignes (!). Iels deviennent ainsi incompréhensibles, y compris dans le champ intellectuel, et donc bien loin des publics pour qu’iels prétendent parler. Leurs associations entre un indigénat sensible et un occidentalisme rationnel qu’il faudrait déconstruire propose un clivage inexistant : les sociétés colonisées ont été productrices de rationalités, qui ont de tout temps influencé voire été pillées par l’Occident, de même que les occidentaux ont été (et sont toujours !) producteurs de pensées irrationnelles. Dans tous les cas, à l’heure de la mondialisation, la pensée s’est hybridée, et renoncer aux épistémologies scientifiques n’a pas grande pertinence, à moins de vouloir imposer son point de vue sans effort méthodologique. Enfin, prétendre tenir l’absolu discours émancipateur en créant son propre langage loin de la sémantique marxiste, du mouvement ouvrier ou syndicaliste, conduit finalement à créer un jargon pseudo-émancipateur sans référentiel socialiste. Malheureusement, c’est aussi ce que font les populistes, à commencer par l’extrême-droite.
Enfin, pour moi qui suis marxiste, il est un peu énervant de lire chez les décoloniaux (idéalistes) que le marxisme fait partie de l’empire ou est eurocentrique, sans qu’il n’y ait (presque) jamais un véritable effort de critique ou de déconstruction du marxisme. C’est juste une assertion : « le » marxisme est « impérial » et « eurocentrique », voire, comme l’assène Mignolo, « le Marxisme [est] l’opposition nécessaire au maintien du système » (p. 51). Les anticapitalistes sont procapitalistes, c’est aussi simple que cela… Et la démocratie est une « rhétorique » indissociable de l’« imaginaire impérial » (p. 48), comme si le plus important n’était pas les conquêtes et droits démocratiques des peuples. Que pensent nos décoloniaux idéalistes des actuels « désoccidentalisés » Vladimir Poutine, Xi Jinping, Narendra Modi, ou encore l’ancien président d’Afrique du Sud, Jacob Zuma ? – Michel Cahen [33]
4/ Une obsession théorique en apesanteur du réel
Les penseur·euses décoloniaux se voient reprocher d’être très prolifiques dans les débats épistémologiques tout en étant finalement assez éloignés des luttes sociales des pays d’Amérique du Sud adossées à des réalités sociales bien plus complexes que ne le laissent entendre leurs analyses. De fait, iels mènent peu d’études auprès des populations subalternes, ne font pas de terrain dans leurs recherches, et pour la plupart ne parlent pas les langues indigènes des populations qu’iels citent, sont peu présent·es pour décrire les trajectoires de luttes contemporaines. Les “indigènes” deviennent alors des abstractions sans agentivité, et c’est le regard de l’universitaire qui décide pour elles de leurs histoires et de leurs destins, sans confrontation au réel. Les décoloniaux finissent donc par produire le même système de domination que celui qu’iels attribuent à l’Occident.
3/ Le racisme dépasse les enjeux de colonialité
Au-delà des conflits actuels au sein même des luttes anticolonialistes au sens large, nous aimerions poser un autre enjeu des luttes antiracistes contemporaines. Si l’éclairage sur les mécanismes coloniaux, leurs ressorts, leurs effets, leurs liens avec le capitalisme est absolument nécessaire, il n’est en revanche pas suffisant pour comprendre l’entièreté des formes de racismes. Il existe des expressions du racisme qui ne sont pas liées à la colonialité, ou que la colonialité ne suffit pas expliquer. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’antisémitisme a toujours été un grain de sable gênant pour les personnes qui font de la colonialité le centre de leur antiracisme. L’impérialisme [34] est une des formes du racisme agissant comme système destructeur de masse, qui pour certain·es serait une forme maximisante du capitalisme et pour d’autres en seraient la base même. Toutefois, la Shoah en est une autre forme, bien différente puisqu’elle ne repose pas sur la conquête de territoire ni sur l’exploitation humaine pour extraire une force de travail gratuite. La Shoah est une destruction industrielle d’un peuple perçu comme menaçant les intérêts moraux et économiques. Elle a été particulièrement non-rentable malgré les spoliations des biens des juif·ves, elle n’a pas d’intérêt financier à proprement parler. C’est pourquoi ces deux formes, si différentes dans leurs processus, leurs moyens, leurs justifications et leurs effets, doivent être pensées ensemble, comme l’aigle à deux têtes du racisme maximisé. La Shoah n’est pas le seul racisme qui échappe à la colonialité. De nombreuses traces de haines basées sur la différence culturelle et ethnique existent avant ou en parallèle du fait colonial dans différentes régions du monde. Aujourd’hui, les conflits inter-ethniques motivés par la xénophobie et le racisme ne peuvent plus être analysés par le seul angle du colonialisme européen. Bien sûr, la création d’Etats nations sur des frontières arbitraires dans les territoires qui étaient d’anciennes colonies a provoqué de nombreuses guerres ethniques, parfois entièrement façonnées par la modernité impériale. Ce serait néanmoins simplificateur de résumer tous les conflits sanglants basés sur une différenciation ethnique par le colonialisme européen.
Un des problèmes de réduire le racisme à la colonialité, que ce soit sur la base d’une pensée postcoloniale ou décoloniale, c’est qu’il empêche la gauche de saisir toutes les formes de racisme et d’actes de destruction ethnique qui ne sont pas réalisé dans un axe Nord-Sud. Cela produit un échec théorique pour penser et dénoncer comme racistes des actes se produisant dans le “Sud-Global”. Par exemple les massacres des musulmans rigoristes souhaitant appliquer politiquement la Charia sur les musulman·es qui pratiquent un Islam de l’exégèse (c’est à dire de l’apprentissage et de l’interprétation symbolique des textes), de la détestation meurtrière entre chiites et suunites conduisant à la déshumanisation et aux massacres, de la déshumanisation des personnes noires au Soudan, de la persécution de la minorité Ouighour musulmane en Chine etc.
A notre sens, l’antiracisme doit être exigeant politiquement, et se saisir de tous les outils d’analyse disponibles pour penser ces situations dans leur complexité, dans un monde façonné par une géopolitique en mutation permanente.
4/ “Racisé·es” : mais parle-t-on vraiment de race sociale ?
La mainmise progressive de l’antiracisme centré sur la colonialité conduit au dévoiement progressive du terme de “race” et de “personnes racisé·es”.
Lorsqu’au 19ème siècle, on construisit une hiérarchisation des races, on chercha de manière arbitraire des signes physiques pour séparer l’espèce humaine en sous-groupes et les hiérarchiser, justifiant ainsi la domination symbolique et matérielle, des biens, des corps et des territoires par le sous-groupe racialisé positivement sur les groupes racialisées négativement. Ce découpage arbitraire a évolué pour justifier l’exploitation ou la captation de certaines populations. C’est ainsi que les Irlandais furent un temps racialisé·es négativement [35] pour justifier la domination barbare et la colonisation de l’Irlande par l’Angleterre. Et qu’on trouva chez les juif·ves tout un tas de signes physiques justifiant leur différenciation des blanc·hes, tout en leur reprochant leur capacité à se fondre dans la masse, à se rendre invisibles, en leur reprochant par ailleurs leur cosmopolitisme. C’est dire si la racialisation était incohérente.
Aujourd’hui, nos milieux militants prétendent se réapproprier le terme de race en le prenant depuis un point de vue social : est racisé·e celle ou celui qui a connu un processus de racialisation négative, celle ou celui qui est exposé·e au racisme.
Pourtant, la centration antiraciste sur la colonialité conduit de plus en plus en France à parler des “personnes racisées” non pas pour désigner les personnes vivant du racisme, mais pour parler des “personnes de couleur”, celle dont la racialisation négative est visible, celles qui viendraient visiblement de territoires anciennement colonisés. Ce glissement sémantique est alarmant, puisqu’il revient à utiliser des critères raciaux phénotypiques arbitraires. Il empêche également de penser toutes les minorités qui ne peuvent se distinguer physiquement des personnes blanches, dont certaines personnes juives, comme étant victimes de racisme. Il invisibilise la réalité du métissage, de l’hybridation des corps.
Enfin, il crée de manière insidieuse une nouvelle racialisation, une hiérarchisation du vécu raciste entre les personnes “racisées” et celles supposées avoir “un white passing”. Or, ce qui nous semble important, c’est de reconnaître la variété des expériences de racismes. Certaines populations sont concernées par certaines formes, d’autres par d’autres formes, qu’il faut nommer en tant que telles. Une personne noire de nationalité française ne fait pas l’expérience du racisme spécifique d’être “privée de papier”, une personne juive de peau blanche ne fait pas l’expérience du contrôle au faciès, etc. Pourtant nous devrions penser les réalités de tous les vécus de racismes et nous battre contre l’ensemble d’entre eux, et avoir de l’empathie pour l’ensemble des souffrances provoquées chez les personnes qui les expérimentent dans leur chair.
Aux Résistantes nous avons vécu deux situations découlant directement de ces dérives sémantiques et conceptuelles. La première, lorsque nous nous sommes rendu·es à la discussion après la dénonciation des personnes racialisées négativement, pour penser cette situation et apporter des réponses concrètes. De nombreuses personnes disaient “nous ne pouvons pas parler de ce qui s’est passé entre personnes blanches”, se basant uniquement sur l’apparence physique des participant·es. Nous avons répété plusieurs fois : “vous ne savez pas si toutes les personnes ici sont blanches”, pourtant, les personnes persistaient dans ce type de propos. Jusqu’à ce qu’on dise fermement : “ce n’est pas le cas, il n’ y a pas que des personnes blanches ici”. Et on a bien vu que la plupart des personnes ne comprenaient pas, tant l’association “racisme = couleur de peau ou traits physiques spécifiques” était forte. Cette même assertion a été réitérée ensuite par une personne
racialisée négativement, qui regardant autour d’elle a dit : “j’ai l’habitude d’être la seule personne racisée et d’ouvrir ma gueule”. Nous n’existions pas.
La seconde a été durant la contestation des personnes racisées sur scène. Leur contestation visuelle consistait à porter des pancartes de tous les chapiteaux au nom de personnes racialisées négativement pour dénoncer la tokenisation : Sankara [36] , Fanon etc. Mais alors qu’il y avait un chapiteau Emma Goldman [37], figure anarchiste juive, et un espace Claude Cahun [38] , artiste juive, iels ne faisaient pas partie des panneaux brandis. Alors même que les figures juives dans les luttes sont en permanence invisibilisées ou tokenisées, nous étions à nouveau inexistant·es.
5/ Les luttes antiracistes ne sont pas homogènes mais peuplées de courants distincts, de conflits, et c’est la preuve d’une dynamique de pensée vivante
L’exposé précédent devrait montrer qu’on ne peut pas faire comme si l’antiracisme était un bloc monolithique, une posture précise à avoir pour penser le monde. Beaucoup de gens dans nos réseaux, se disent (par principes tout à fait louables) antiracistes, mais la plupart ne savent pas vraiment se situer au sein des théories sur le sujet. De tout temps, les militants antiracistes ont constitué des groupes variés, ont eu des débats riches et houleux, des désaccords, ont fait rupture, tout comme n’importe lequel de nos groupes militants aujourd’hui. Lorsqu’on étudie les différents groupes de lutte historiques contre le racisme on peut se rendre compte qu’il y avait en leur sein une variabilité de points de vue. Certain·es militant·es prônaient l’usage de la violence alors que d’autres la refusaient. Certain·es liaient leurs luttes au socialisme, d’autres n’étaient même pas critiques du capitalisme. Certain·es mettaient les questions raciales au centre de la construction des inégalités, d’autres les voyaient comme une des expressions de la violence de classe. Certain·es étaient de fervent·es athé·es, d’autres défendaient la laïcité, d’autres encore s’engageaient dans un cadre religieux. Certains avaient en bout de champ l’universalisme, d’autres défendaient les particularismes, certains même la supériorité de leur race indigène…
S’il faut dénoncer les attitudes et les biais racistes pour ce qu’ils sont, s’il faut en comprendre les causes et les effets, les déconstruire et apprendre à ne plus violenter les minorités, nous observons avec crainte le dévoiement de l’antiracisme vers une forme de coaching dépolitisé : il faudrait adopter tel ou tel comportement pour devenir un·e bon·ne allié·e. On voit de plus en plus de formations de ce type se développer : comment ne pas être racistes, comment reconnaître ses privilèges blancs, ainsi que leurs versions pour les personnes concernées, comment se défendre face aux micro-agressions racistes, comment trouver sa place dans le monde du travail en tant que femme noire etc. Tout cela est concret dans une amorce de changement d’attitudes interpersonnelles, mais ce n’est pas de l’antiracisme, ce n’est pas de la lutte collective. La lutte nécessite des analyses sociales, historiques, géopolitiques, pour produire des discours et mener des actions.
3/ L’antisémitisme aux Résistantes
Les Résistantes a été un festival rassembleur, avec une volonté de massifier les luttes sociales et écologiques. Il a plutôt bien représenté l’aspect foutraque des luttes de la gauche globale, allant de groupes assez institutionnels à plus autonomes, des légalistes aux représentants de la désobéissance civile, ou bien encore prônant l’action directe. Étaient ainsi présents dans le même espace des collectifs écolos dont on savait pourtant qu’ils entretenaient un haut niveau d’animosité les uns envers les autres. Bref, une diversité de pensées permettant une réflexion vivante, du débat, de la nuance : une avancée des luttes. Pourtant, cette diversité a été censurée sur les questions d’antisémitisme, et plus généralement d’antiracisme.
1/ Tsedek ! comme seul collectif de juif·ves de gauche
Pour commencer, “Tsedek ! – Collectif juif décolonial” [39] , était le seul collectif présent au rassemblement. Il s’agit pourtant d’un groupe controversé car jugé antisémite par la plupart des collectifs historiques de juif·ves de gauche [40] [41] [42] [43] [44] .
Nous avons appris que le collectif Golem [45] aurait dû être invité mais qu’il y avait eu des menaces de désertion de l’événement, à l’organisation et/ou sur les stands s’il avait été présent. Ce collectif est pourtant né pour empêcher, par l’action directe, l’extrême-droite de manifester contre l’antisémitisme et ainsi de se normaliser. Il a par ailleurs des postures de gauche antiracistes très claires. Quelles ont été les raisons de cette censure ?
Il est à noter que la France compte à l’heure actuelle une bonne dizaine de collectifs juifs de gauche présents dans les luttes sociales, produisant quantité de textes théoriques. Pourtant aucun n’était présent et il semble y avoir eu une vive opposition à leur venue. Quid de la non-invitation de Juives et Juifs Révolutionnaires (JJR) [46] , collectif existant depuis 2015, anarchiste et marxiste (et donc bien plus à gauche de Tsedek ! qui marche quand à elleux main dans la main avec LFI) ? De l’Union Juif pour la Résistance et l’Entraide (UJRE) [47] , groupe juif communiste et yiddishiste existant depuis 1943 issu de la MOI (Main d’Oeuvre Immigrée), groupe de résistance armée contre les nazis et qui participa au sauvetage d’enfants juifs ? Du Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR) [48] ? Des Guerrières de la Paix [49] , composée notamment de femmes israéliennes et palestiniennes se battant pour la paix malgré qu’elles aient toutes vécu l’horreur de la guerre ?…
Ce refus d’inviter d’autres voix a amené à une absence de contradiction délétère, que l’on a pu retrouver sous deux formes principales : le t-shirt vendu sur le stand de Tsedek !, et lors de la table ronde sur l’antisémitisme.
2/ “Le one piece existe, libérez la Palestine !!!!”
Ce t-shirt était en vente, et porté, au stand de Tsedek !. Il représente un personnage, de dos, portant un chapeau de “One Piece”, la légende du dessin étant “Le One Piece existe. Libérez la Palestine !!!!”.
La référence à One Piece est depuis plusieurs années un dogwistle antisémite qui joue sur deux tableaux. D’abord la démonisation de l’État d’Israël en le caricaturant par analogie avec le territoire de Goa qui, dans le manga, est séparé en deux parties : la première est une zone pavillonnaire, confortable et bourgeoise habitée par des colonisateur·ices et assassin·nes (assimilé ici à Israël), l’autre une décharge où vivent les colonisés prolétaires à la merci des premiers (assimilé ici à la Palestine) [50] .
Puis, il y a l’accusation de contrôle insidieux du monde par la minorité juive. Dans l’animé, sont présents trois méchants qui dirigent le monde, détiennent le pouvoir et l’argent : les dragons célestes. Ces personnages ont été récupérés et détournés de manière à parler de supposés privilèges juifs, d’abord dans les sphères complotistes d’extrême-droite puis plus récemment par La France Insoumise [51]. Le “complot juif” est une théorie antisémite qui date des débuts du christianisme et qui a été réactivé avec le protocole des Sages de Sion au XXème siècle [52].
Le texte vient appuyer l’intention, s’il elle n’était pas suffisamment claire. “Le one piece existe” fait référence au trésor, en probable lien avec une libération, de l’animé. “Libérez la Palestine” vient nous indiquer explicitement ce que serait ce trésor à défendre et à chercher.
Ce t-shirt fait donc un amalgame entre les juif·ves et l’Etat d’Israël sur la base d’une référence antisémite. Un mélange explosif qui oscille entre antisémitisme intériorisé et appel à la haine.
En tant que personnes juives, nous avons été particulièrement sidérés par ce t-shirt, et par l’absence de réaction face à sa vente .
3/ Table ronde “Comment lutter contre l’antisémitisme ?”
Une table ronde intitulée “Comment lutter contre l’antisémitisme ?” était proposée le vendredi de 14h à 16h. Elle était composée de quatre personnes : Jonathan Ruff co-fondateur de Tsedek !, et de Floraine Jullian, Johanna Wagman, Blanche Sabbah, ces trois dernières non-affiliées, parlant en leur nom propre, et d’Olga Sara Roz à la modération.
Ce choix d’intervenant·es était questionnant en soit : pourquoi des personnes concernées, intervenant à titre individuel serait plus pertinentes que des expert·es, concerné·es ou non, sur la question abordée ? Et comment justifier la présence d’un collectif unique, Tsedek !, plutôt que d’une diversité de collectifs, permettant la contradiction ? Le déroulé de la table ronde a été le reflet de ce choix : l’antisémitisme n’a pas été contextualisé socio-historiquement, l’accent a été mis sur l’émotionnel, et des propos indécents, teintés de négationnisme ont été tenus.
La discussion a été introduite sur la difficulté de trouver une base commune aux intervenant·es pour sa préparation. Le postulat qui les a mis d’accord : “Il n’y a pas d’antisémitisme à gauche”… Les deux heures d’échanges qui ont suivi ont été d’une dénialisme à la hauteur de cette cécité. En tant que personnes juives, il a été extrêmement dur de rester et de s’imposer des discours minimisant les vécus actuels et passés des personnes concernées.
L’un des premiers témoignages de discrimination donné à entendre a été celui d’une des intervenantes ayant vécu l’antisémitisme à l’école parce qu’on avait refusé… de lui prêter une gomme (!). De quoi s’étrangler, quand on sait ce que les personnes juives vivent en ce moment en France, nous-mêmes ayant vécu des agressions antisémites cette année et étant témoins des difficultés vécues dans nos communautés.
Cette introduction a mené à un discours gravissime : la concurrence mémorielle. Une intervenante s’est plainte de la place que prend la Shoah dans l’espace représentatif de la judéité, autant chez les juif·ves que chez les non-juif·ves, appelant à la désacraliser et à mettre en avant les autres personnes minorisées victimes comme les Roms, les homosexuels, les contestataires politiques. En la relativisant, on tombe dans une critique de la mémoire et une remise en cause de sa légitimité. Elle serait un obstacle mémoriel, empêchant la reconnaissance d’autres souffrances. Pourquoi ne pas en faire une possibilité de reconnaissance politique ? Un modèle pour d’autres victimes ?
Ce type de propos relève des distorsions de perception de la Shoah, qui s’inscrivent dans une dynamique de développement de nouveaux types de négationnismes [53], dans l’héritage de Faurisson et de Le Pen [54] et en filiation de Paroles d’Honneur [55]
, et d’Alain Soral [56] , où la Shoah devient un mythe intouchable à déconstruire.
La table-ronde s’est conclue sur l’évidence que les membres de La France Insoumise ne sont en aucun cas antisémites, dans un déni total de nombreuses analyses qui révèlent le nombre de plus en plus alarmant d’interventions problématiques de hauts cadres de ce parti [57] [58] .
Par ailleurs, Jonathan Ruff portait le t-shirt One Piece mentionné ci-avant. Lors des échanges avec le public, nous avons posé la question : “Comment animer une table sur l’antisémitisme avec un t-shirt qui joue sur un trope antisémite contemporain (one piece et les dragons célestes) et l’amalgame entre Israël et les juif·ves ?”. Le protocole d’animation amenait à ce que les spectateur·ices écrivent leurs questions sur un post-it. Cette question écrite a eu une vie fantasque. La personne chargée de les collecter s’est trouvée embarrassée, l’a montré discrètement à la modératrice dont le visage s’est fermé. Cette dernière s’est déplacée entre deux propos pour valider la question avec l’intervenant concerné, en catimini. Elle s’est excusée de poser la question à l’oral avec une remarque proche de “Je suis désolée de te poser cette question mais je te l’ai proposé et tu as décidé d’y répondre”… La réponse, peu ou prou : “Nous revendiquons les références à la culture populaire. Je n’ai moi-même pas vu One Piece. Il n’y a pas de dragon sur le t-shirt. Toi qui a posé cette question, tu es vraiment tordu de voir là de l’antisémitisme.”. L’amalgame juif·ves et Israël que nous dénoncions a, lui, carrément été éludé.
Ces échanges étaient-ils le reflet d’une dépolitisation fondamentale ou d’un agenda structuré ? Nous n’en savons rien. Toujours est-il que la table ronde sur l’antisémitisme était profondément problématique par son déni de la gravité et de l’accroissement de l’antisémitisme, par sa cécité de l’antisémitisme de gauche – des débuts des mouvements ouvriers, aux dérives actuelles, en passant par le régime stalinien – et d’une sécheresse intellectuelle alarmante : où était les expert·es et spécialistes de l’antisémitisme à cette table-ronde ?
4/ Les livres d’Houria Bouteldja
Par ailleurs, à notre grande surprise, nous avons découvert un stand qui mettait à l’honneur TOUS les livres d’Houria Bouteldja, qui a introduit en France le mouvement décolonial et créé le Parti des Indigènes de la République [59]. Derrière d’apparents discours émancipateurs, il s’agit d’une essayiste antisémite, essentialiste, conservatrice, anti-LGBTQIA+ et antiféministe [60]. Soral [61], très récemment condamné à de la prison ferme pour antisémitisme [62], constitue une de ses références fondamentales, dont elle prétend se détacher tout en le citant, massivement, et en lui donnant beaucoup de crédit. Dans ses écrits, elle réfléchit à ce qu’il y aurait d’intéressant dans les propos de cet homme, ainsi que dans les positions d’éminents nazis comme Otto Strasser [63], idéologue du parti national-socialiste allemand dans les années 1920.
De nombreux groupes, collectifs et individu·es antiracistes ont fait un travail d’analyse et de démystification des positions d’Houria Bouteldja depuis dix ans [64] [65] [66] . Pourtant ce travail et ses frasques régulières n’ont pas l’air d’être suffisants pour la décrédibiliser (“Mohamed Merah c’est moi, et moi je suis lui” [67], ou plus récemment la critique de la Pride des Banlieues sous prétexte il n’y aurait pas de pédé chez les indigènes, que toute la communauté queer serait une invention de la colonisation [68]). Ainsi, paradoxalement, son discours confusionniste [69], conservateur et racialiste fait la manne des éditions La Fabrique [70] et semble, encore, en 2025 avoir droit de citer dans un événement d’extrême-gauche comme les Résistantes.
4/ Comment avancer ensemble ?
L’écriture de cet article a été motivée par la dépolitisation que nous observons dans les luttes antiracistes et dont les Résistantes nous ont semblé être un exemple parlant. Ainsi, dans la dénonciation du racisme opérée par les camarades racialisées négativement lors de l’AG de clôture, de même que dans les réponses effectuées ensuite par l’AG antiraciste [71], il nous semble y avoir une confusion totale entre l’antiracisme, en tant que mouvements de luttes, et le fait de ne pas être raciste.
Le discours des personnes racialisées négativement à l’AG de clôture avait pour but de dénoncer une succession d’attitudes et de comportements à l’échelle interindividuelle ainsi que des impensés racistes à l’échelle collective. L’ensemble a empêché que les actes soient repérés, qualifiés et pris en charge comme il se doit. Les propos ne défendaient ni une théorie ni une lutte antiraciste. Ce qui a été fait, c’est un rappel du respect minimal attendu dans les comportements humains.
Ce positionnement a teinté l’AG antiraciste qui s’est déroulée par la suite. Parmi les solutions proposées, il y a l’organisation de “formations à l’antiracisme” qui sont en fait plutôt l’idée d’apprendre aux gens à ne pas être racistes. C’est-à-dire apprendre à mieux repérer les différentes expressions du racisme et leurs conséquences, se questionner sur ses propres privilèges, et à créer des changements d’attitudes individuels.
Pour nous, c’est une portion minimale de l’antiracisme. L’antiracisme, c’est des luttes complexes qui s’appuient sur des théorisations tout aussi complexes et diversifiées. Comme on l’a vu plus haut, il n’y a pas UN mouvement antiraciste, tout comme il n’y a pas UN mouvement écolo. Ne serait-ce qu’au sein de la gauche radicale, les collectifs écolos sont diversifiés, voire ils s’opposent parfois.
Faire une formation à l’antiracisme, ce ne serait donc pas apprendre comment faire fermer sa gueule à son copain Gérald qui dit des ignominies à des personnes racialisées négativement ou leur fait du whitesplaining ! Une formation à l’antiracisme serait nécessairement longue et intellectuelle : il faudrait revenir sur les définitions du racisme, donner bien sûr des perspectives historiques aux racismes et aux luttes antiracistes. Il faudrait cibler différents contextes géopolitiques, représenter les différents courants d’une façon synthétique tout en faisant comprendre leurs complexités, il faudrait montrer leurs points d’accord et de différenciations, leurs façons de lutter et de s’organiser.
Dans la même logique, quand l’AG antiraciste propose comme piste : “Travailler en amont avec des collectifs antiracistes pour penser des modalités pertinentes en termes d’inclusion et de protocoles antiracistes”, nous avons envie de leur demander : Qui ? Quels collectifs antiracistes ? Savez-vous le nombre de divergences qui existent en leurs seins ?
Alors nous, ce que nous aimerions, c’est que les collectifs prennent le temps de réfléchir théoriquement sur leurs bases antiracistes, et ne se contentent pas de lutter contre les actes interindividuels ou des biais collectifs racistes. Comme nous l’avons montré dans cet article, de nombreux collectifs emploient pour se désigner les termes “antifasciste”, “décolonial”, “anti-impérialiste” comme le bingo parfait, en ignorant souvent tout de ces mouvements, et en ne réalisant pas toujours qu’ils peuvent être antithétiques d’une pensée émancipatrice. Ainsi, il y a dans le mouvement décolonial et dans le mouvement anti-impérialiste des courants qui peuvent très bien se satisfaire du fascisme, de copinage avec les pires dictateurs, du fait de leur campisme guerre-froidiste suranné. Quand ce travail de fond sur la théorie ne peut pas se faire par manque de temps ou de priorisation, la moindre chose serait alors de permettre une représentation des collectifs antiracistes d’extrême-gauche qui méritent tous d’être présents à un événement aussi massifiant que les Résistantes même s’ils ne s’entendent pas. Si des totos de ZAD ont pu supporter des écolos légalistes, c’est que c’est possible pour tou·tes. On demande aux organisations de ne pas céder aux pressions d’un groupe ou d’un autre qui dirait “un·e tel·le ce n’est pas possible”, surtout si “un·e tel·le” c’est systématiquement … tout le monde sauf eux !
En ce qui nous concerne, c’est-à-dire concernant la lutte contre l’antisémitisme, ce que nous trouvons problématique, c’est que seul le collectif Tseddek ! ait été présent, qu’il n’y ait pas eu de réel·les expert·es de l’antisémitisme invité·es ni même de contradiction à leurs discours maintes fois debunkés par d’autres collectifs juifs de gauche.
Pour finir, nous pensons que les organisations d’évènements militants doivent soit réfléchir en profondeur à leur position antiraciste, en arrêtant de la penser uniciste, l’annoncer en amont et être prêtes à l’assumer, soit inviter tous les mouvements antiracistes qui se revendiquent d’un héritage anarchiste, syndicaliste, socialiste, écologiste, quitte à ce que cela provoque du débat, car le débat intellectuel ne nous fait pas peur. Ce qui nous fait peur, en revanche, c’est la simplification de la théorie politique à des fins performatives. Continuons la lutte sans rien céder de notre exigence intellectuelle !
Arel Krivine & Ménashé Hetmecka
Notes
[4] Antiracisme : Quelques notions importantes, Canada – CSF Bienveillance (01/01/2026)
[5] WAGNER Thomas, La carte des pensées écologiques – Bon pote, 02/10/2024 (01/01/2026)
[7] Biographie de Frantz Fanon – Fondation pour la mémoire de l’esclavage (01/01/2026)
[8] Biographie d’Aimé Césaire – Fondation pour la memoire de l’esclavage (01/01/2026)
[9] DUSSEL Enrique “Libérer la périphérie ?” Extrait de Philosophie de la libération d’Enrique Dussel – CONTRETEMPS, 10/01/2025 (01/01/2026)
[10] Aníbal Quijano LIVIAN Yves-Frédéric “XXXVIII. Anibal Quijano. La colonialité du pouvoir” – Cairn.info, 20/07/2022 (01/01/2026)
[11] Biographie de Kimberle W. Crenshaw – Law Columbia (01/01/2026)
[12] Biographie de Léopold Sedar Senghor – Fondation pour la memoire de l’esclavage (01/01/2026)
[13] “Peau Noire, masques blancs”, Frantz Fanon 1952
[14] Définition du culturalisme – CNRS URMIS (01/01/2026)
[15] Fanon cité par Gaussens et Makaran, 2024
[16] “Edward Said, pionnier du postcolonialisme” – France Culture (01/01/2026)
[17] Rencontre avec Homi K. Bhabha – France Culture (01/01/2026)
[18] “Critique de la raison décoloniale”, 2024 – Les Éditions L’échappée 04/10/2024 (01/01/2026)
[19] Michel Cahen – GIS Études africaines en France (01/01/2026)
[20] Cahen, M. (2023). Walter Mignolo et le manifeste décolonial. Esquisses : Carnet de recherche du Laboratoire Les Afriques dans le Monde.
[21] Lexique Nord et sud – Géoconfluences, juin 2021 (01/01/2026)
[23] Mignolo, W. D. (2007) DELINKING : The rhetoric of modernity, the logic of coloniality and the grammar of de-coloniality, Cultural Studies, 21:2, 449 -514 (01/01/2026)
[24] Lewis, A., Lall, M. (2024). From decolonisation to authoritarianism : the co-option of the decolonial agenda in higher education by right-wing nationalist elites in Russia and India. High Educ, 87, 1471–1488 (01/01/2026)
[25] Shah, A. (2024). When decolonization is hijacked. American Anthropologist, 126 (4), 553-566. (01/01/2026)
[26] Zhang, C. (2023). Postcolonial nationalism and the global right. Geoforum, 144. (01/01/2026)
[27] Venezuela Holds Third Decolonial School in Caracas – Venezuelanalysis 25/10/2018 (01/01/2026)
[28] Venezuela : Freedom in the World 2024 Country Report (01/01/2026)
[29] “Conférence du MIR sur Gaza : une réussite exceptionnelle” – Indigènes de la République, 13/12/2009 (01/01/2026)
[30] « Les propos de Judith Butler sur le Hamas nous rappellent que les intellectuelles aussi peuvent se livrer à la supercherie » – Eva Illouz, sociologue – Le Monde 14/03/2024 (01/01/2026)
[31] “Gaza : Palestinians tortured, summarily killed by Hamas forces during 2014 conflict” – Amnesty International 27/05/2015 (01/01/2026)
[32] Foucault, M. (2015). Surveiller et punir. In M. Foucault (Ed.). Oeuvres II (pp. 261-613). Paris : Gallimard. (Original publié en 1975)
[33] Cahen, M. (2023). Walter Mignolo et le manifeste décolonial. Esquisses : Carnet de recherche du Laboratoire Les Afriques dans le Monde.
[34] “Qu’est-ce que l’impérialisme (relations internationales) ?” – Vie publique (01/01/2026)
[35] SHARP Gwen, “Negative Stereotypes of the Irish” – The Society pages, 06/10/2008 (01/01/2026)
[36] GORMEZANO David “Qui était Thomas Sankara, un héros africain” – FRANCE 24, Octobre 2021 (01/01/2026)
[37] MARCHAN Cyril, “Avoir raison avec… Emma Goldman”– France Culture, Août 2024, (01/01/2026)
[38] REVERSEAU Anne, Extrait du Dictionnaire universel des créatrices – Éditions des femmes – Antoinette Fouque, 2013 – Aware (01/01/2026)
[40] Robert Hirsch, Brigitte Stora, Lorenzo Leschi, Samuel Delor et Jonas Pardo, Mise au point à propos du texte de Tsedek paru dans Le Média et l’Humanité, L’Humanité, le 10 mars 2025 (01/01/2026)
[41] Juives et Juifs Révolutionnaires, Auschwitz et son instrumentalisation, 6 février 2025 (01/01/2026)
[42] RAAR, De quoi l’UJFP et TSEDEK sont-ils le nom ?, 23 juin 2025 (01/01/2026)
[43] Jonas Pardo et Samuel Delor, Tsedek !, UJFP : Les « Juifs d’exception » comme bouclier, K-la-Revue, 19 novembre 2024 (01/01/2026)
[44] Golem, Réponse Brève au Communiqué de Tsedek, Instagram, 17 février 2025 (01/01/2026)
[45] Collectif Golem – Instagram (01/01/2026)
[50] “One Piece : et nous serons libres !” – Ballast 17/03/2024 (01/01/2026)
[51] « Qui sont les « Dragons Célestes » de One Piece, devenus une référence antisémite sur X ?” – Le Figaro 09/01/2024 (01/01/2026)
[52] « D’où vient le mythe du complot juif ?”– France Culture 27/02/2019 (01/01/2026)
[53] « Distorsions de la Shoah et nouveaux négationnismes » – Revue d’Histoire de la Shoah 10/12/2025 (01/01/2026)
[54] Série “Le négationnisme” – France Culture (01/01/2026)
[55] “Paroles d’honneur, le média antiraciste qui ne nous dit pas tout” – Hits Actus 07/02/2025 (01/01/2026)
[56] « La Shoah, une charge mentale décoloniale ?” – Martin Eden, Instagram 16/08/2025 (01/01/2026)
[57] MARLIERE Philippe, LFI et l’accusastion d’antisémitisme : un faisceau d’indices accablants, Le Nouvel Obs, 14 mars 2025 (01/01/2026)
[58] PARDO Jonas, La vérité si la gauche ment : Considérations stratégiques sur la campagne à l’usage de celles et ceux qui luttent contre l’antisémitisme, Le Blog Mediapart, 26 juin 2024 (01/01/2026)
[59] BRUSTLER Gaël, Que défend exactement le Parti des Indigènes de la République ?, Slate, 16/11/2017 (01/01/2026)
[60] GHYS Clément, La dérive identitaire de Houria Bouteldja – Libération, 24/05/2026 (01/01/2026)
[61] Houria Bouteldja “Rendre à Soral ce qui est à Soral” dans Beaufs et barbares : Le pari du nous, La Fabrique éditions, 2023
[62] Maxime Macé et Pierre Plottu, Atteinte aux intérêts de la nation et provocation à la haine raciale : l’antisémite Alain Soral condamné à un an de prison ferme, Libération, le 11/09/2025 (01/01/2026)
[63] Houria Bouteldja “Rendre à Soral ce qui est à Soral” dans Beaufs et barbares : Le pari du nous, La Fabrique éditions, 2023
[64] Lala Milha, Bouteldja, « une sœur » qui vous veut du bien , 10/07/2017 (01/01/2026)
[65] Melusine, Bouteldja, ses soeurs et nous, 20/06/2016. (01/01/2026)
[66] Juives et Juifs Révolutionnaires, Combien de fois faudra-t-il répéter que Bouteldja n’est pas une camarade ? 24/10/2023 (01/01/2026)
[67] Houria Bouteldja, Mohammed Morah, c’est moi, 12/03/2012 (01/01/2026)
[68] Quentin Gérard, « Si tu ne veux pas te faire instrumentaliser par le pouvoir blanc… » L’opposition de Houria Bouteldja à la Pride des banlieues embrase la gauche – Le JDD, 15/07/2025 (01/01/2026)
[69] Mathias Girel et Gloria Origgi, Le confusionnisme, que devient le statut de la vérité ?
dans Enquête Politique de Thomas Legrand, France Inter, le 09/022025 (01/01/2026)
[70] EL BOU-COTTEREAU Ismaël “La lente dérive de La Fabrique, maison d’édition radicale-chic” – Le Point, 23/11/2025 (01/01/2026)

