Interdiction d’écouter les oiseaux, sauf motif légitime…

Point de vue d’une personne qui traverse la lutte contre CIGEO (mais pas que) sur les arrêtés préfectoraux pris en août 2026 dans le contexte des Burelesques.

Ça fait plusieurs années que je passe en Meuse, sur la zone du projet de méga-poubelle nucléaire, dit CIGEO. Ce qui m’a le plus choqué.e sur ce territoire, ce ne sont pas les lampadaires futuristes de Bure aux couleurs de l’ANDRA. Non, c’est la finesse de la feuille de vigne qui dissimule le simulacre de démocratie et de justice. Vous voyez, cette sorte de soupe lyophilisée trop salée que l’État essaie de faire passer pour un potage fait avec les légumes frais du jardin. Non pas que j’y croyais dur comme fer à ce vaudeville… Mais c’est étonnant, le peu d’effort qui est fait sur place pour entretenir le mythe.

Pour illustrer ce propos, je vais vous relater un nouvel épisode du rocambolesque feuilleton de la répression burienne. Mardi 11 août, énième jour caniculaire de l’année 2026, se tenait, au tribunal administratif de Nancy, une audience qui fait suite à une requête d’annulation de deux arrêtés préfectoraux applicables pendant le festival Les Burelesques. Si vous ne connaissez pas Les Burelesques, il s’agit d’un festival d’information en lien avec l’opposition au nucléaire et son corollaire, le projet CIGEO. Cette année est la cinquième édition de ce festival où se mêlent militant.e.s et habitant.e.s du coin, dans une ambiance ouverte et festive.

L’un des arrêtés autorise la captation et l’enregistrement d’images par drones et hélicoptères dans un rayon de 1,5 km autour du festival. La préfecture justifie cet arrêté par les actes de sabotage réalisés au cours des dix dernières années, sans lien avec le festival. Pourtant, les drones et les hélicoptères qui survolent régulièrement la zone n’ont pas empêché ces sabotages. Par contre, le survol d’une conférence par un
hélicoptère la rend inaudible, ce qui est déjà arrivé pendant les éditions précédentes du festival. Lors de l’audience, l’avocate des requérant.e.s (c’est le nom donné aux associations et personnes physiques qui contestent l’arrêté préfectoral) a notamment mentionné les diverses atteintes aux libertés engendrées par ces captations visuelles, le flou sur les modalités des prises de vue, le climat anxiogène qu’elles génèrent, le préjudice subi par les habitant.e.s des zones survolées, ainsi que le caractère disproportionné dans l’espace et dans le temps de la captation. Lorsque le sous-préfet de Commercy a pris la parole pour défendre l’arrêté préfectoral, il a osé dire que la surveillance par les airs, grâce à une vision plus large de la zone, permettait de limiter le nombre de gendarmes au sol, mais aussi d’éviter de prendre des mesures anti-incendie. Merci à la préfecture!!! Merci de tout faire pour éviter l’annulation du festival. Dans la bouche d’un sous-préfet, cette justification sonne comme une menace.

L’autre arrêté, édité avec les mêmes justifications que le précédent, concernait de multiples interdictions. Interdiction de détenir des accessoires destinés à dissimuler tout ou partie du visage, interdiction de transport de carburant, d’objets pouvant constituer une arme, de matériaux combustibles, etc. Mais aussi, comble de l’absurde dans le cadre d’un festival qui a demandé et obtenu toutes les autorisations par la préfecture : interdiction de transporter et d’utiliser du matériel de sonorisation. Le principal argument de l’avocate des requérant.e.s était bien évidemment les difficultés engendrées par de telles mesures pour organiser un festival. Elle a aussi mis l’accent sur la difficulté, pour le public, d’accéder au festival. Le sous-préfet a défendu l’interdiction de transport et d’utilisation de matériel de sonorisation en disant qu’il y avait bien entendu un accord oral pour que cela ne s’applique pas aux Burelesques… Il a aussi dit que cette interdiction avait été demandée pour se prémunir de l’installation de rave parties aux abords du festival… Dans le tribunal, on a presque eu envie de rigoler. Il a aussi défendu les interdictions en disant que les gendarmes étaient capables de faire preuve de discernement… En effet, sur l’arrêté, certaines interdictions sont agrémentées de la formule « sauf motif légitime ». Par exemple, si j’ai une casquette jaune pour me protéger du soleil, c’est un motif légitime… Mais si j’ai une casquette noire, le motif est-il toujours légitime ? La légitimité du motif est jugée par les gendarmes. Et le préfet semble nous garantir qu’il n’y aura pas d’applications abusives de ces interdictions.

Pourtant, la zone de Bure regorge d’exemples d’applications abusives de ce type d’interdiction. Les arrêtés concernant la surveillance et les interdictions sont récurrents concernant la zone. Dans le cas du festival des Burelesques, la liste des choses interdites s’accroît d’édition en édition, de même que la surface et la temporalité de la surveillance. Certaines péripéties sont particulièrement croustillantes, comme la traduction en procès d’un habitant pour détention d’une pelle à tarte dans son véhicule. Mais toutes les frasques gendarmesques ne sont malheureusement pas aussi drôles. De nombreux témoignages attestent d’un véritable harcèlement policier dans le périmètre du projet CIGEO. Le flou laissé par ces interdictions « sauf motif légitime » donne aux gendarmes la liberté de fixer eux-même les règles du bon comportement, du type de fête et d’opinions autorisées à circuler dans l’espace public. C’est in fine les gendarmes qui choisissent qui sera ou non traîné devant les tribunaux. D’un point de vue tout à fait personnel, je tends à penser que le sous-préfet n’est pas naïf au point de croire que les interdictions seront appliquées avec discernement par les gendarmes. D’un point de vue tout à fait personnel, j’irais même jusqu’à supputer qu’il utilise le prétexte sécuritaire pour museler l’opposition, quelle que soit sa forme. Enfin, d’un point de vue tout à fait personnel, je dirais que les frasques gendarmesques ne sont pas le fait d’agents particulièrement dérangés ou stupides mais bien le résultat d’un système volontairement répressif. L’exubérance avec laquelle se déploie la répression semble être le signe que pour le nucléaire, le débat n’est pas autorisé… Comme on cherche à dissimuler les déchets nucléaires, on cherche à masquer l’autoritarisme de l’État.

D’un point de vue plus général, la répression administrative a pris une place plus importante depuis 2015 au moins. Graĉe au PS, puis à LREM, suite aux états d’urgence successifs, les lois sur la surveillance globale des citoyen.ne.s, celles sur le contrôle des associations… la Police a pris de plus en plus de place et de pouvoir au sein de l’État et sur la société. Pourtant, dans un État de Droit, pour un bon potage démocratique, il faut séparer le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire, c’est ce qu’on nous a appris à l’école ! Or, le potage est en réalité une soupe où tout se mixe, et les voix discordantes sont désormais étouffées par ces trois pouvoirs simultanément. Surtout, l’institution judiciaire est mise au service de la neutralisation des dissidences politiques.

Des personnes déterminées et courageuses dresseront probablement des barricades de papier pour contrer cette nouvelle arme de répression. Je les soutiendrai avec persévérance. Mais je ne serai pas dupe, ces barricades de papier ne seront pas suffisantes. La lutte contre la répression toujours plus féroce doit aussi s’insérer dans une lutte plus globale contre la montée du fascisme.

Épilogue : Le 12 août 2026, la juge des référés a annulé l’interdiction de transport et d’usage de matériel de sonorisation autour des Burelesques. Toutes les autres interdictions et autorisations de captation d’images ont été maintenues au prétexte qu’elles étaient justifiées et proportionnées.

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Pour plus d’informations sur ces arrếtés ainsi que le communiqué de presse des Bure’lesques suite au jugement du 12 août, lire cet article sur bureburebure.info : https://bureburebure.info/arretes-prefectoraux-pour-la-periode-des-burelesques/

14/08/2026

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    on écrivait ça.

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    Arrêtés préfectoraux usage de drone, et sur les transports de certains matériaux.   Lire la suite

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    on a écrit ça.

    Infotrafflic Bure’lesques

    Cet article sera mis à jour régulièrement avec les dernières informations sur la présence policière pendant les Bure’lesques. Pour les informations pratiques sur les Bure’lesques, le si...   Lire la suite