Parc’Innov, ce nouveau grand projet de datacenter destructeur à Saudron

La rentrée ne s’est pas faite attendre pour les nouveaux projets de la galaxie Cigéo avec deux annonces diffusées sans grand bruit. La première, un appel à manifestation d’intérêt publié le 9 septembre pour construire un datacenter ou supercalculateur sur les 40 hectares du Parc’Innov Bure Saudron, où les locaux du projet Syndièse végètent depuis son abandon. Cigéo, c’est aussi détourner des fonds pour de nombreux projets absurdes. Le projet Syndièse consistait à étudier la frabication de « bio »carburants à partir d’arbres, en rasant les forêts. Malgré les grandes quantités d’argent publique récupérées, ce projet ne leur semblait pas assez rentable. Aujourd’hui, ce qui est dans l’air du temps, c’est de construire ces bâtiments remplis de milliers d’ordinateurs qui consomment beaucoup d’énergie et chauffent énormément, notamment pour faire de l’intelligence artificielle (IA). Pas de porteur de projet annoncé pour le moment : on ne sait donc pas  si c’est pour les Google et autres Open AI ou bien pour une start-up européenne, si c’est pour détruire des emplois de bureau, faire la guerre ou bien générer des vidéos de chats obèses. Mais est-ce que ce sera un gros projet ?

La deuxième annonce nous donne des éléments de réponse. C’est RTE, qui gère le réseau électrique haute tension et qui par ailleurs n’a pas donné de nouvelle du transformateur qu’il est censé construire pour Cigéo depuis 2021, qui publie ce 17 septembre. Un nouveau site dit « fast track » a été identifié sur notre cher Parc’Innov. Fast track ? C’est le nom donné a un endroit où le foncier serait accueillant et le réseau électrique adapté à la connexion de TRÈS gros équipements électriques avec des procédures facilitées. Le Parc’Innov aurait donc pour lui seul 1000 MW de puissance électrique réservée. Alors c’est beaucoup ou pas ? Jugez plutôt…1000 MW c’est :

– 3 fois la consommation électrique moyenne de la Meuse ET la Haute-Marne réunies

– 9 fois la puissance annoncée pour le fonctionnement du projet Cigéo

– Ce que produit un gros réacteur nucléaire qui tourne correctement (ce qui se fait rare…)

– Ce qui est consommé par les plus gros datacenters d’Europe

– 5 fois la puissance prévue initialement pour le transformateur d’une dizaine d’hectares au bord de la Bureau pour Cigéo + « les besoins du territoires ».

Les autres endroits où de tels centres sont prévus, c’est à coup de dizaines de milliards d’argent public et de capitaux étrangers que ça se joue : Fouju avec des fonds émiratis, Dunkerque, Bouchain et Bosquel par le japonais Soft Bank ou Cambrai par un fond de pension canadien.

Il ne fait pas bon être sur les lignes rouges, principales lignes Très Haute Tension indispensables à l’installation de projets gourmands en énergie. Le site pour la poubelle Cigéo a en partie été choisi pour cette raison.

Difficile de faire des projections sans projet précis, mais l’envergure annoncée doit nous inviter à être attentif. D’autant que ce ne sont pas que des histoires de béton et de gaspillage d’électricité. Parmi les nuisances contestées par les collectifs de riverain⋅es on retrouve… L’EAU !

Car il faut refroidir toutes les puces électroniques qui font tourner ces machines qui doivent le moins possible s’arrêter, et ce peu importe les conditions climatiques. Pour cela, on peut, comme aux États Unis, utiliser énormément d’eau et un peu d’électricité (boucle ouverte), comme pour refroidir une centrale nucléaire. Il ne vous aura pas échappé que ce serait impossible en Meuse. L’autre solution est d’utiliser des boucles dites fermées où l’eau est réutilisée, un peu comme dans une clim (avec beaucoup d’électricité). C’est l’argument phare des promoteurs de ces projets, mais dans les faits il faut pour des installations de cette envergure toujours refroidir un peu ces « grosses clims » avec de l’eau, notamment en été. Ainsi, une des installation les plus efficace en France, celle d’OVH et ses 40 MW de consommation dans le Nord, utilise 100 fois moins d’eau qu’une installation moyenne. Alors, qu’est ce que ça donnerait par chez nous ?

Si on part de l’exemple d’un datacenter consommant 250 MW (soit un quart de la puissance réservée pour le site) et qui serait aussi efficace que le site OVH, on peut estimer la consommation à 438 000 m³ d’eau douce par an, soit en moyenne 1 200 m³ par jour.

438 000 m³ c’est les trois quarts de l’eau utilisée en irrigation agricole en Meuse.
C’est plus du double de ce que l’ANDRA annonce déjà pour le projet Cigéo.

Transformer le territoire en poubelle désertique pour regarder travailler des machines, accroître la consommation d’énergie pour peut-être justifier plus encore Cigéo, ça vous tente ? Ayons l’intelligence humaine de dire NON dès qu’arriveront les premiers promoteurs. L’acceptation sociale est un fort levier, en France et ailleurs, pour faire reculer ces projets, ne nous laissons pas faire !

Pour en savoir plus…

L’appel à manifestation d’intêret
Les nouveaux sites dits « fast-track » de RTE
Détournement d’argent public au CEA, l’article du positillon 
La page du transformateur électrique de Cigéo (caduque), qui était sensé rentrer en fonction en 2025
et un article mis à jour en 2023
Sur l’eau et le refroidissement des data-center
Pour la source de la conso d’eau de OVH Cloud
Les données d’utilisation de l’eau en France (et d’électricité)
Un article sur les liens entre le développement de l’IA et du Nucléaire

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